California Girls de Simon Liberati

California Girls de Simon Liberati

Simon Liberati, c’est ce dandy noir qui crée de la poésie romanesque pour sa femme Eva Ionesco l’année dernière ( Eva, Stock), et dont depuis le premier roman, le lecteur peut sentir l’attirance vers ce que d’aucun considère comme le Mal, l’obscur, la marge. Simon Liberati est un des chouchous de la presse littéraire pour cette rentrée 2016. Il faut dire que son roman « California Girls »  est un attendu, qui en plus trouve cette année un pendant inattendu sous la plume d’une jeune fille américaine Emma Cline, phénomène d’édition avec son premier roman  » The Girls ». Suivre Simon Liberati depuis ces débuts, voilà qui éclaire son dernier roman d’une lumière noire différente.

 

Car dès le début, le style de Simon Liberati fut qualifié de « morbid chic ». Une passion pour le drame, pour l’irruption de l’irrationnel sanglant, pour les vies bien gâchées, pour les destinées marquées par l’ombre, voilà bien ce qui anime l’écriture de Simon Liberati. Dans celui-ci, il reprend le dispositif du livre-enquête qu’il avait déjà expérimenté dans Jayne Mansfield 1967, avec plus de fiction et en ayant abandonné la pratique de la voix de l’auteur discourant sur le livre entre parenthèses.  California Girls est un roman sur la fin : la fin des hippies et du rêve d’un monde meilleur porté par les « Peace and Love » , la fin de la vie de Sharon Tate et ses amis, la fin du temps de l illusion pour toutes ces filles qui suivaient Charles Manson, la fin de l’impunité pour ce dernier.

California Girls est donc le récit de ce massacre, avant, pendant et après, en suivant pour cela le destin de celles et celui qui l’ont perpétré : ils se pensent tous membres de « La Famille », secte racialiste et apocalyptique menée par Charles Manson. Cet homme qui avait déjà passé pas mal de son temps en prison prônait végétarisme et liberté nihiliste. Talentueux et dévasté, Charles Manson fascine par son emprise.

« Pour endiguer une remontée d’acide, CHarlie glissa sa tête sous la bretelle fleurie de la guitare qui épousa son épaule nue. Il commença de chanter : 

Pretty girl, pretty pretty girl 

Cease to exist

Just, come an’say you love me

Give up your world 

Come on you can be

I’m your kind, oh your kind an’I can see

You walk on walk on 

I love you, pretty girl

My life is yours

Il s’apaisa en se concentrant sur cette technique vocale qu’il avait mise au point, une sorte de rap monotone et finement mélodié, rythmé par la seule résonance des consonnes, une mélopée singulière et dépouillée qui avait fait l’admiration de Neil Young et des Beach Boys. Pour eux, Charles Manson était un grand artiste. Mais il y avait les autres, les Terry Melcher, les producteurs d’Universal, les cochons. Ceux-là avaient tout fait pour étouffer son talent. Une histoire classique qui n’avait pas étonné le pessimisme de CHarlie, formé à dire école. Six mois durant, il avait cru à ses chances, mais aujourd’hui il savait à quoi s’en tenir. Six mois durant, il avait cru à ses chances, mais aujourd hui il savait à quoi s’en tenir. ‘Teu teu’ faisait sa bouche, ‘keu keu’ faisait sa langue heurtant le palais, une mitraillette, et il rapait sur le bois de sa guitare comme un indien sur le tambour de la guerre. Alvin Kapis son mentor de Terminal Island, s’était montré un peu naïf sur la réinsertion de son élève. » 

Pour ne pas se confronter directement au mythe Manson, tant de fois commenté, Liberati préfère suivre les filles : Susan Atkins, Patricia, Linda, et un peu Tex, l’homme à tout faire. Elles sont paumées, sauvages, et stupides. Elles sont droguées et endoctrinées. Elles commettent un meurtre atroce presque par erreur. Liberati les suit presque froidement. Le lyrisme qu’on lui connait, sa poésie noire semble ne pas avoir résisté à la retenue nécessaire pour traiter d’un fait divers dont certains des protagonistes sont encore en vie.

Vous tournez les pages, quelque peu accroché par la laideur de cette fin d’époque, vous tournez les pages en reprenant conscience de la banalité du mal. Vous finissez le livre. Mais que vous en reste-t-il ? La voix de Liberati raisonne habituellement par sa puissance et sa musique vous reste. Cette fois, il semble avoir perdu sa voix en cherchant celle médiocre de Manson.  Autant regarder un documentaire ou relire Arendth et Hunter S.Thompson.

Trop jeune pour mourir – Sharon Tate, la fin de… par stranglerman
 

 

 

 



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