Une nuit, Markovitch d’Ayelet Gundar-Goshen

Qu’est-ce qu’un feel good book ? Ou plutôt qu’est-ce que cela devrait être ? Un livre qui vous fait vous sentir bien est un livre dont vous ressortez émerveillé par l’art d’écrire, l’art de raconter, grandi par la catharsis qu’il vous a permis et qui vous a fait rentrer dans l’étranger à vous-même et le comprendre avec amour, un livre qui vous a fait ressentir la vie dans son absurde beauté, un livre dans lequel le temps de la lecture s’est effacé pour que vous ayez gagné du temps dans la connaissance de votre monde. Voilà ce que devrait être un feel good book, voilà ce qu’est Une nuit, Markovitch d’Ayelet Gundar-Goshen.

 

Une nuit, Markovitch, est avant tout un livre sur deux hommes, opposés en tout et amis pour toujours, et des femmes qui se ressemblent comme dans un miroir légèrement brouillé où tous les gestes sont opposés. C’est au travers d’eux le roman d’une construction qui laisse la mélancolie de l’histoire, qui se répète en luttes qui ne finissent jamais, être le fondement d’un pays. Ayelet Gundar-Goshen a écrit une saga qui sent l’orange, le soleil et les larmes, une saga méditerranéenne. Le lecteur suivra l’insignifiant Yacoov Markovitch, cet homme qui ne peut être héroique que parce qu’il est invisible et le rutilant Zeev Feinberg à la moustache qui frise et au regard bleu qui pique tout au long de leur vie. Les deux hommes sont sur cette terre d’Eretz-Israel, cette Palestine encore anglaise, de jeunes hommes qui rêvent. L’un en trainant partout Jabotinsky, l’autre en se trainant au pied de toutes les femmes du village. Ils partiront ensemble en Europe, pour sauver leur fesse et accessoirement celles des femmes qu’ils vont épouser pour les ramener au pays, avant d’en divorcer sur le quai. Mais voilà, rien ne se passe comme prévu. Yacoov ramène Bella, la plus belle femme qu’il n’ait jamais vu et au lieu de divorcer comme prévu, refuse de perdre l’espoir. Mais Bella ne l’aime pas et s’engagera dans une guerre de position pour une liberté dont elle ne sait pas vraiment que faire. Dans le destin de Yacoov et Bella, il y a le destin de cette terre qui obstinément s’est constituée sur le refus et qui pourtant entretient l’espoir mieux que les autres pour ces hommes et femmes déracinés et traumatisés. Entre eux, c’est une question de température : la guerre froide.

« J’ai rencontré la femme la plus belle que j’aie vue de ma vie, elle devient ma femme et une seconde plus tard, voilà qu’on m’oblige à m’en séparer. Moi, je dois garder cette merveille près de moi. Je dois la garder près de moi, car le ciel n’accorde pas deux fois une telle chance. Celui qui ne la saisit pas, qui ne la retient pas de toutes ses forces et la laisse partir parce qu’on lui a cassé une dent ou un bras, eh bien, celui-là ne la mérite pas. Elle m’aimera, je te le dis. Elle finira par m’aimer. Je l’attendrai patiemment, je travaillerai dur, je lui prouverai que je la mérite. Tu verras, elle m’aimera. » 

Mark Rothko

Et puis il y a Zeev et Sonia. Zeev est un casse-cou, un trublion, un coureur de jupons qui peut avoir les plus belles, qui peut tout oser. Mais Zeev en partance pour l’Europe se rend compte que celle qu’il aime, c’est Sonia. Sa lionne rugissante qui, un peu comme l’héroine de « Danse avec Nathan Golshem » ira psalmodier des insultes à son infidèle amant, tous les jours sur la plage jusqu’à son retour. Elle n’est pas la plus belle, elle est même quelconque, mais elle sent l’orange à vous en remplir le coeur de sucre et est acide et drôle sous sa peau. Entre eux, cela sera l’amour, le vrai, celui qui fait dire à Sonia dans un rire:

« Mais qu’est ce que l’amour a à voir avec le bonheur ? » 

Et puis il y aura les enfants, l’avenir de chacun de ses couples. Ils seront quatre puis trois puis deux. Tout le futur ne sera qu’un recommencement. Celui de ces gens qui sont simplement des gens et qui s’aiment, se rejettent, s’attendent, s’espèrent.

Il faut lire ce livre pour le rire rayonnant comme une orange que vous donneront les personnages et leur justesse, pour le sourire face au style éclatant de sensualité d’Ayelet Gundar-Goshen ( et le fabuleux travail de ses traductrices ), pour ces petites histoires qui vous feront vous sentir grand, pour cette grande histoire qui vous fera vous sentir petit et pour lire l’amour, avec des mots : ceux que Jaccov retient, ceux que Bella rêve, ceux que Rachel écrit, ceux que Sonia crie, ceux que Zeev prend par la main. Et quand vous aurez fini ce livre en quartier, vous sentirez autour de vous le doux parfum de l’orange.

 

 

Chronique d’ Abeline Majorel

 

Un été, Markovitch

Ayelet Gundar-Goshen

Presses de la cité 

( à paraitre le 25 août )

 

 



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