#Martyrsfrançais d’Alexis David-Marie

C’est un hashtag qui se répand sur la toile, comme une rumeur de colère qui emporte tout, c’est un objet, celui d’un discours qui est au-delà de l’homme qui en porte le titre et qui n’est plus, et c’est le titre du dernier roman d’Alexis David-Marie.

#Martyrsfrançais est sans doute le roman à lire en cette période pré-électorale, et c’est sans doute aussi un roman à lire tout court. Parce que dans cette histoire de lutte mémorielle, il y a les fragments de notre histoire en train de s’écrire et de disparaitre à la fois sous nos yeux.

C’est l’histoire d’un fait divers ou plutôt c’est l’histoire de la mémoire d’un fait divers. André Pijol, admirable bénévole dans une association d’aide aux migrants, catholique fervent sans être prosélyte, homme de bien, gentilhomme, meurt un matin, assassiné dans la permanence de l’association où il officiait, sous le coup de poignard touchant l’aorte d’un migrant bangladais, à 56 ans. André laisse derrière lui, Marie sa femme, qui autrefois portait un prénom bien moins  » français de souche », et ses deux fils Jérôme 32 ans et  François, 28 ans, tous deux professeurs, l’ainé en secondaire, le dernier, des écoles . Il laisse aussi sa mère, une paysanne du Morvan et sa nièce Louise, qu’il a fort peu connu et dont le père est lui aussi décédé, élevée par la grand-mère et le grand-père. Il laisse un vide énorme, comme tous les deuils, comme ceux qui rappellent que le passé ne reviendra jamais et que l’avenir à construire n’est pas visible du présent dans lequel on sombre de chagrin. A qui appartient la mémoire d’un homme, de cet homme André Pijol, voilà toute la question de ce roman.

Car entre Louise, militante d’extrême-droite d’un mouvement de Défense autochtone, et Jérôme, enfant en deuil qui cherche la vérité de son père, une lutte à mort s’engage. D’abord, il y a ce Tombeau virtuel créé par Louise, qui recueille les témoignages des proches, en vue d’une procédure longue et fastidieuse de béatification d’André Pijol. Elle est soutenue en cela par le Père Sandjali, qui est le curé de la paroisse d’André, qui le voyait tous les dimanches, qui le respectait comme un homme particulièrement bon, un saint du quotidien. Athée, François, est d’abord circonspect puis intéressé. Par ce Tombeau, il retrouve son père, il communie avec son souvenir, celui qu’il garde, celui qu’il ne connait pas bien puisque ce n’est que le sien. Mais très vite, le ton change. Et André Pijol, devient l’objet d’une opération d’Agit-prop d’extrême-droite et devient une chose, un hashtag : #Martyrsfrançais. La lutte pour la mémoire d’André s’engage entre Louise et François, chacun étant sur de posséder la juste mémoire du disparu, défendre la juste cause.

Ce roman est véritablement un Tombeau au sens littéraire du terme, un de ceux qui donne du volume à des vies plates comme la Flèche du temps. Ce sont des vies humaines avec leurs émotions face à la perte de ce qui leur est cher, la granularité de leur rapport au temps qui passe, qui ne revient pas et qui corromps tout même la mémoire. François part à la recherche de son père, le vrai, le réel, celui qui n’est pas une icône. Louise porte l’icône de son oncle bien haut dans le présent pour glorifier un passé. Et c’est un combat intime autant que politique qui se livre là et qui montre les limites de la raison : aucun des deux ne peut convaincre l’autre avec la pureté de ses arguments, seule la salissure du réel peut en venir à bout.

Manifestement l’auteur connait bien son sujet : les mouvements d’extrême-droite, leur méthode, leur réseau, il les a bien étudiés. Mais la réussite finalement n’est pas dans cette démonstration mais bien dans l’incarnation. Car elle dévaste tout et rétablit André Pijol dans son Tombeau, dans sa vérité : celle d’un homme simple qui comme tous n’est que secret et que le secret n’est pas fait pour être partagé. En incarnant ainsi cette lutte, Alexis David-Marie, nous délivre d’une argumentation politique lourde pour nous livrer dans les mains de ces personnes, au plus près de leur vie, pour mieux les comprendre et les regarder se détruire. A lire pour faire le deuil d’un passé et regarder vers l’avenir.

( A noter, la magnifique couverture du roman et la présentation de la maison d’édition qui correspond à ce qu’ici nous pensons de la littérature )

 

Chronique d’Abeline Majorel 

 

#Martyrsfrançais 

Alexis David-Marie

Aux forges de Vulcain

185p

 



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