Coups de coeur

Palladium de Boris Razon

Boris Razon n’a que 29 ans quand sa vie bascule dans l’horreur. Jusqu’à présent, la vie l’avait gâté : un métier passionnant, une femme qu’il aime, l’avenir devant lui. Quand il commence à ressentir des douleurs dans le bas du dos et des picotements au bout des doigts, il s’inquiète forcément mais son entourage le rassure. Boris est hypocondriaque, il s’agit sûrement de symptômes qu’il s’invente, comme souvent. Pourtant, son état de santé se dégrade; la souffrance devenant intolérable, il est hospitalisé. Sans que les médecins ne trouvent la moindre explication, Boris se paralyse peu à peu. Bientôt, il n’est plus qu’un corps mort, incapable de bouger, de manger ou de respirer sans machines. Seul son mental tient le coup et lui permet d’explorer son univers intérieur, de maintenir la vie et l’espoir.

Des 64 jours qui ont précédé sa paralysie jusqu’à sa « résurrection », Boris RAZON raconte l’angoisse, la frayeur, l’impuissance, la folie, tous les sentiments qui ont été les siens à mesure que son corps lui échappait. Mais que l’on ne s’y trompe pas ! Palladium n’est pas le récit larmoyant d’un homme qui aurait frôlé la mort et vu la lumière au bout du tunnel. Non, c’est une histoire vibrante de vie qui raconte le combat intérieur de l’auteur pour quitter son corps-prison, son corps-tombeau. Manger, fumer, faire l’amour…des choses que l’on fait sans s’en rendre compte, des choses qu’il veut encore faire.
Cette maladie dont la cause reste inconnue -peut-être une intoxication alimentaire- a métamorphosé Boris RAZON. L’homme qui s’est relevé ne sera plus jamais le même. Dans son enfermement, il a connu un autre lui-même, le combattant qui a vaincu le sort, la bête qui sommeillait. Guéri, il lui faudra cohabiter avec ce double fantasmé.
Un récit puissant qui ne laissera personne indifférent.

Chronique de Sandrine F. 

Palladium, Boris Razon, Stock, ISBN 978-2234075320

Quatrième de couverture :

 

« Tu sais, je n’arrive pas à comprendre où et quand commençait la réalité, ce sarcophage où je suis enfermé, les résultats médicaux, le rien de ma vie. Et cet autre monde, ces autres mondes où je vivais. J’étais plongé dans des nuits multiples, comme des labyrinthes d’où je devais m’extraire. Je devais trouver la sortie.
Je la savais en moi, quelque part. »

J’étais Quentin Erschen de Isabelle Coudrier

Du plus loin qu’elle s’en souvienne, Natacha Flinch a toujours passé le plus clair de son temps libre chez ses voisins les Erschen ; deux frères, Quentin et Raphaël, et une sœur, Delphine, élevés par leur père cardiologue et une gouvernante, leur mère étant morte dans un accident de voiture alors qu’ils étaient encore au berceau.
Inséparable de la fratrie Erschen, c’est tout naturellement que, plus tard, elle les suit à Paris pour entamer des études de médecine, à l’instar des deux frères, pendant que Delphine s’inscrit dans un cursus d’anglais à la Sorbonne. Commencent alors les années loin de leur Alsace natale, dans un appartement du boulevard Brune. Le beau Quentin étudie sans relâche, le joyeux Raphaël court les fêtes et les filles, la gentille Delphine subit ses cours tout en se rêvant boulangère. Et Natacha espère encore et toujours que Quentin réponde enfin à cet amour qui la ronge depuis tant d’années.

Roman sur l’enfance, ses joies, ses douleurs, les jeux partagés, J’étais Quentin Erschen est aussi un roman sur l’amour, celui qu’on donne, qu’on reçoit et celui dont on est privé. Isabelle COUDRIER y décortique les souffrances, les tourments de ce sentiment qui fait vivre l’enfer quand il n’est pas partagé mais peut s’avérer encore plus dangereux quand on est incapable de le ressentir.
Après le prometteur va et dis-le aux chiens, Isabelle COUDRIER confirme son talent. On y retrouve la même musicalité nostalgique et lancinante que dans son premier roman. Sa signature s’affirme grâce à des thèmes récurrents : une petite ville d’Alsace, une famille confrontée à un drame, une fille qui ne sera jamais une femme (d’après sa mère) et l’amour, bien sûr, obsédant, insaisissable, si difficile à appréhender et à vivre.
Une auteure talentueuse, un roman magnifique, un style à découvrir absolument!

Chronique de Sandrine F. 

J’étais Quentin Erschen, Isabelle Coudrier, Fayard, ISBN 978-2213677613

 

Quatrième de couverture :

Quelle part y avait-il d’enfance dans ces amours bizarres et contrariées, quelle part de masochisme, de folie et d’addiction ? Personne n’aurait su le dire. Le fait que Natacha était tombée amoureuse de Quentin alors qu’elle le connaissait depuis toujours pouvait passer aussi bien pour un accomplissement que pour une trahison de leur passé commun. À moins bien sûr de considérer que, Quentin étant de son côté incapable de tomber amoureux de qui que ce fût, Natacha tenait absolument à souffrir et qu’elle avait trouvé là un moyen imparable de se rendre malheureuse pour longtemps. Mais qui voudrait souffrir et chercherait sciemment à s’infliger les tourments de l’amour ?

Isabelle Coudrier signe ici son deuxième roman, après Va et- dis-le aux chiens, déjà traduit dans plusieurs langues.

L’envol du héron de Katharina Hagena

Grund, un petit village d’Allemagne, au bord du Rhin. C’est là qu’a grandi Ellen, entre parties de pêches et baignades dans le lac, avec son ami Andreas. L‘été où elle décroche son diplôme de somnologue, le duo d’inséparables compte un nouveau membre : le charismatique Lutz, en vacances chez son père. Il séduit Ellen mais quand elle se retrouve enceinte, il disparaît purement et simplement. Ellen part en Irlande où elle rencontre un musicien qui servira de père à sa petite Orla. Mais après 17 ans de vie commune, Ellen revient à Grund avec sa fille. Elle y retrouve sa mère Heidrun,dans le coma après une rupture d’anévrisme, et son père Joachim dont elle rejoint la chorale avec Orla. Chantent aussi Andreas qui ne prononce plus un mot depuis des années, Marthe, une femme grise et discrète qui tient le journal de la chorale et Benno, un étudiant en histoire, son éphémère patient à l’école du sommeil avec qui elle entame une liaison.

Alternant les points de vue d’Ellen victime d’une insomnie et de Marthe qui cherche un coupable à la disparition de son fils, L’envol du héron est un roman élégant qui touche divers sujets comme le sommeil, la disparition mais aussi les relations mère-fille. Très présente, la nature des bords de Rhin y apporte une touche poétique et nous fait croiser la route des araignées, des grenouilles-taureaux et surtout des hérons, messagers de la mort. Katharina HAGENA maîtrise l’art des romans d’atmosphère dans lesquels il semble ne rien se passer mais où le drame, latent, semble presque inévitable. Un roman tout en finesse, érudit et subtil, qui confirme le talent de son auteure pour décrire les sentiments et les secrets enfouis, les êtres peu enclins à se dévoiler, les tourments de l’âme humaine. Magnifique, tout simplement.

Chronique de Sandrine F

L’envol du héron, Katharina Hagena, Anne Carrière éditions, ISBN 978-2843376924, traduction Corinna Gepner

Quatrième de couverture :

Marthe n’a jamais renoncé à retrouver son fils, disparu il y a dix-sept ans alors qu’il passait l’été dans le bourg de Grund. Ellen ne s’est jamais vraiment remise du départ inopiné de son amant alors qu’elle était enceinte de lui. Andreas, ami d’enfance d’Ellen, privé de parole, arpente les rues de Grund à la recherche de papiers et de notes égarés.
Le personnage de Heidrun, la mère d’Ellen, plongée dans le sommeil trompeur du coma au terme d’une période de démence sénile, est comme l’image de cet impossible oubli qui sape les existences et interdit de faire son deuil.
La disparition habite ce roman très atypique, qui s’attache à en explorer toutes les dimensions, toutes les résonances, jusqu’à lui donner une dimension mythique qui l’assimile non plus à la mort, mais à une ultime métamorphose.

Brouillard de Jean-Claude Pirotte

Alors que les métastases envahissent peu à peu son corps, Jean-Claude PIROTTE essaie de se frayer un chemin dans le brouillard que fut sa vie. Assis à sa vieille table de travail, il décortique ses notes dans les carnets qu’il noircit d’encre depuis son plus jeune âge. Rebelle, il s’est parfois détourné du droit chemin. Mais à fréquenter les voyous et les livres, il s’est forgé de solides amitiés et des amours littéraires indissolubles. Pourtant, au soir de sa vie, ce qui le taraude, c’est la culpabilité, celle de s’être fourvoyé dans un mariage sans amour, celle de n’avoir pas su veiller sur les êtres dont il était responsable.

Beaucoup de poésie dans ces pages écrites avec la vérité de celui qui se sait condamné. Des souvenirs épars, bons et mauvais, des aveux, qui raniment les vieilles haines, les premiers amours, les amitiés, les passions. Et survolant tout cela, la seule, l’unique, la toujours fidèle littérature : Chardonne, Mac Orlan, Desnos, Dhôtel pour alléger les moments de peine et partager les joies.
S’accusant de tous les maux, PIROTTE ne se laisse rien passer et pourtant, sa vie chaotique sa vie de nomade, n’est-ce pas cela qui a nourri son œuvre, qui a fait de lui le poète, l’écrivain qu’il est?
La vie est un brouillard mais parfois, une lueur vient en éclairer la noirceur et cette lueur, c’est l’écriture.

Chronique de Sandrine F

Brouillard, Jean-Claude Pirotte, Cherche-Midi éditeur, ISBN 978-2749133195

Quatrième de couverture :

Le narrateur, double de Pirotte, en proie aux métastases et à la chimiothérapie, se penche sur son passé. Celui-ci le rejoint dans un présent où sa mort approche, où d’anciens sentiments de culpabilité le rattrapent. Le jeune homme qu’il fut, entouré de poésie alors qu’il fréquente des voyous et semble leur prêter la main, ne cesse de se reprocher chacune de ses aventures, qui l’ont mené à un mariage obscur, une naissance, et la perte de ce qu’il se croyait en mesure de sauver d’une existence erratique. L’enchevêtrement des événements, dont ses carnets retrouvés font foi, conduit le lecteur à se poser, comme souvent, la question du rachat par la littérature, telle que se la posent l’auteur et le narrateur. La vie est un brouillard. La magie Pirotte est intacte dans ces pages vibrantes de vie où sourdent des musiques, de Schubert au blues de Billie Holiday. Un roman exceptionnel. A part. Au-dessus de la mêlée littéraire.

Beaucoup de poésie dans ces pages écrites avec la vérité de celui qui se sait condamné. Des souvenirs épars, bons et mauvais, des aveux, qui raniment les vieilles haines, les premiers amours, les amitiés, les passions. Et survolant tout cela, la seule, l’unique, la toujours fidèle littérature : Chardonne, Mac Orlan, Desnos, Dhôtel pour alléger les moments de peine et partager les joies.
S’accusant de tous les maux, PIROTTE ne se laisse rien passer et pourtant, sa vie chaotique sa vie de nomade, n’est-ce pas cela qui a nourri son œuvre, qui a fait de lui le poète, l’écrivain qu’il est?
La vie est un brouillard mais parfois, une lueur vient en éclairer la noirceur et cette lueur, c’est l’écriture.

La deuxième vie d’Aurélien Moreau de Tatiana Arfel

« La vie c’est faire semblant de ne pas être mort » a dit Jacques Dutronc, cela pourrait sortir d’un carnet intime d’Aurélien Moreau. Mort-vivant dont l’univers filtré par son enveloppe charnelle et sa boite crânienne est aussi blanc que le vide sidéral, tant il s’astreint à ne rien ressentir, ne plus penser, à peine vivre. L’écriture lui sert de tuteur : « Si je n’écrivais pas pour me signaler ma présence à moi-même, je crois que je deviendrais tout à fait fou ».

Le premier tiers de cet étonnant roman de Tatania Arfel est une étude édifiante et clinique d’un être qui, depuis son enfance, s’est cousu à fleur de peau une camisole anti-sensorielle. Avec finesse, la forme narrative épouse la personnalité de cet anti-héros, et l’auteure joue ainsi, au fil des chapitres, avec son texte. Passant des témoignage de l’entourage et de la famille lors d’une enquête de police, aux retranscriptions des différents carnets d’Aurélien, le lecteur chute dans les abysses de ce personnage désespéré à la limite du supportable. La lecture sidérante pourrait lasser ou éprouver par trop d’étouffement. Malgré tout, le suspense distille quelques bouffées d’oxygène au lecteur tenu en apnée et qui voudrait s’échapper.

La vie sera la plus forte. Fatalement un grain de sable inespéré coince le mécanisme de défense si bien huilé d’Aurélien Moreau. Sous forme de lettres anonymes, l’incontrôlable augmenté par une oisiveté forcée le déstabilise lentement et fracture la muraille. Poussé dans ses retranchements, l’homme agit au mieux, ou au pire, jusqu’aux limites de sa résistance. Sa conscience toute neuve fera fi des convenances qui l’emprisonnaient. À nouveau le style narratif signifie l’intériorité. L’énoncé laconique devient logorrhée. Les phrases évoluent, les mots s’échappent, les règles s’envolent et le rythme s’accélère comme un cœur qui s’affole. Reconnaissons à l’auteur un savoir-écrire redoutable : son énergie et sa persistance dans l’enfilade de phrases courtes soutiennent ses descriptions méticuleuses sur des pages et des pages. La prouesse est réelle. Le langage s’invente. Et la lecture s’envole. La page 191 est une magnifique déclamation poétique. Un bémol pourrait venir d’un trop plein de lecture qui demande des pauses, mais l’envie de suivre ce processus de renaissance par l’auto-destruction intrigue et interroge encore le lecteur.

Enfin le miracle se produit. Le livre renaît de son terrain de cendre. Le drame a laissé pour mort Aurélien Moreau qui doit désormais tout réapprendre : la sortie du coma, le réapprentissage du langage et de sa mobilité corporelle. Un changement total de vie s’impose après sa merveilleuses résurrection aux sensations, à la sensualité, à l’amour et à la vie. Inespérée il y a peu, la vie apaise qui pourrait ressembler au bonheur.

Le style est cette fois magnifique et récompense le lecteur d’avoir poursuivi la lecture tant la jubilation étreint. Remarquable technicienne de la langue, fine observatrice de la psyché, c’est un source claire qui jaillit et abreuve un lecteur que Tatiana Arfel avait savamment et méticuleusement asséché.

L´ultime récompense en forme de morale, car il en a une, est juste parfaite.    

Chronique de Christiane Miège

La deuxième vie d’Aurélien Moreau, Tatiana Arfel, José Corti, ISBN-13: 978-2714311153

Quatrième de couverture :

Rentrer du travail sans même se souvenir du trajet. Monter revérifier qu’on a fermé la porte à clé. Regarder l’heure, l’après-midi est déjà là, où est donc passé le matin ? Et le week-end dernier, on a fait quoi déjà, rien ? Instants multiples où nous n’étions pas là. Où nous cachions-nous alors, derrière combien de murailles, combien d’écrans, est-ce du temps définitivement perdu, celui qui n’a pas été vécu ? Imaginons donc. Chez Aurélien ces absences s’étendent à toute sa vie. Il n’y est jamais, ne se souvient de rien, sauve quelques faits sur des carnets. Pourtant du dehors, Aurélien a l’air normal. Même trop normal pour être normal, commère-t-on parfois. Normopathe, finalement, rien ne dépasse et des mots blancs. A moins qu’il n’y ait possibilité d’une deuxième vie, une chance cette fois d’y arriver. A naître dans son corps, sentir dans sa peau, à jouir, à goûter. A trouver une langue à soi pour pouvoir raconter. Il faudra quitter son existence ancienne, renoncer au calme film noir et blanc et muet. Risquer de tout perdre, habitudes et tranquillité, pour ne pas expirer avant l’heure. Quitte, ou double.

Délivrez-nous du corps de Dominique Simonnet

Un homme, une femme. Ils se sont aimés il y a plus de vingt ans de cela, ils se retrouvent. Qu’advient-il de l’amour quand le quotidien, en plus de l’éloignement, a tissé sa toile ? Qu’advient-il des sentiments et, conséquemment, du désir ? De leur ensevelissement ou de leur résurgence, quel est le plus grand péril ?

La trame du nouveau roman de Dominique Simonnet (ancien rédacteur en chef de L’Express, homme de télé et écologiste acharné) est on ne peut plus classique, énième variation sur l’amour, la séparation, les retrouvailles et leur cortège de regrets et d’amertume. Du déjà lu ? Au contraire, l’auteur trace son sillon avec élégance et sensibilité pour restituer les cinq jours que vont durer les retrouvailles entre Louis et Miléna en marge d’un salon du livre.

La question de savoir si ces deux-là s’aiment et continueront encore de s’aimer est rapidement réglée, tant l’anthropologue et la libraire apparaissent d’emblée comme enchâssés, incapables de se résoudre à l’oubli de leurs ardeurs adolescentes. Le suspense, si je puis dire, fait long feu, quoique jusqu’au bout le lecteur se demande ce qu’il va advenir de ce couple recomposé quand Louis prendra, comme de prévu, le train du retour.

Le plus séduisant dans le récit tient dans la confrontation de ces deux personnages alourdis par le poids des ans et des désillusions, décidés l’un et l’autre à tout se dire de leurs existences, entre espoirs déchus et renoncements têtus. Un exercice de vérité brûlant, dangereux, à l’issue duquel le titre prend tout son sens. Délivrez-nous du corps. Et de nos souvenirs.

Pour faire simple : l’émotion affleure, le style est impeccable, l’enjeu universel ; une belle découverte pour moi qui ne connaissais pas l’auteur (en tout cas pas son œuvre), une lecture que je recommande sans réserve. Je m’étonne d’ailleurs que ce roman n’ait suscité jusqu’ici qu’un écho timide dans la presse et auprès des critiques. La rentrée littéraire et ses mystères…

Chronique rédigée par Pierre Théobald

Délivrez-nous du corps, Dominique Simonnet. Éditions Plon, ISBN 978-2259221368, 272 pages, 17 euros.

Quatrième de couverture

– Où sommes-nous ? lui dit-il dans un ultime murmure. Sommes-nous chez l’humain ou chez l’animal ?

– Chut… répondit-elle en lui fermant les lèvres. Nous sommes chez nous.

A l’occasion d’un salon du livre, Louis, anthropologue, aventurier, et auteur d’un livre ravageur sur la domination sexuelle, retrouve Miléna, son amour de lycée devenue libraire. Ils décident de se livrer l’un à l’autre et de tout se dire. Deux destins se dévoilent, ballottés entre plusieurs pays. Deux vies, hantées par le 11-Septembre, avec leurs tragédies intimes, leurs renoncements, la passion qui dévore et la jalousie qui tue…

Jusqu’où ce jeu dangereux de la révélation va-t-il les mener ? Peut-on retrouver l’innocence perdue ? En explorant les confins du désir, Miléna et Louis expriment avec violence les désarrois d’une génération qui a hérité de ce cadeau sublime et vénéneux : la liberté d’aimer.

Dominique Simonnet, éditeur, journaliste, est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages, dont le best-seller La Plus Belle Histoire du monde (Seuil, 1996) et L’Amour expliqué à nos enfants (Seuil, 2000 avec Nicole Bacharan). Son précédent roman, L’Heure de pointe, est paru en 2010 (Actes Sud).

La claire fontaine de David Bosc

Courbet affirma, dans une lettre aux journaux lors d’un scandale autour d’un exposition de ses peintures, « être l’élève de la nature et n’avoir jamais eu de maître ».

Sur le mur de son atelier parisien, une règle s’affichait :

« fais ce que tu vois et ce que tu ressens, fais ce que tu veux. »

Toute sa vie parla en ce sens et les dernières années que décrit ce roman le réaffirment avec force. David Bosc rend un vibrant hommage à ce maître incontestable de la peinture moderne. Tous deux partagent une communion réaliste et poétique avec la nature et ruissèle de cette « claire fontaine » toute la liberté que Courbet but jusqu’à à la lie, durant ses dernières années helvétiques passées à Bon-Port, du nom de sa maison sur les rives du Léman.

Le roman revient sur le passé du peintre au sommet de sa gloire, et glorifie le libertaire qui ne pouvait que fuir devant l’obligation exorbitante de payer la reconstruction de la colonne Vendôme, détruite rappelons-le, sous son autorité par la Commune.

Ruiné, dépossédé de ses œuvres, il vécut encore pleinement cinq années, à peindre, sculpter, s’intégrer socialement dans tous les milieux, et jouir avec excès. Les dernières années à la Tour-de-Peilz incarnent l’hallali d’un cerf, roi de la nature, les jouissances d’un homme irréductible, avec ses humeurs démesurées nourries d’espoir et de combativité. Bien loin d’une simple biographie, le texte emporte comme une vague, l’origine du monde, la clarté moelleuse des chairs et la pénombre râpeuse des sous bois.

Ce récit éblouissant parcours la nature comme Courbet peignait ses paysages de mer et de terre. D’un réalisme puissant et par touches sensibles, le style classique de David Bosc emporte avec lyrisme et modernité le lecteur. Imprégnés des tableaux de Courbet, s’appuyant une sérieuse documentation, citant les amis poètes, l’auteur restitue cette nouvelle vie, loin de la lumière de Paris, désormais éprouvante pour le corps et l’esprit, et tout de même naturelle et dévorante.

La Suisse, avec son lac, sa société tranquille, permirent à Courbet, en un dernier refuge, de peindre, aimer encore et vivre pleinement jusqu’à l’épuisement. 

Chronique rédigée par Christiane Miège

La claire fontaine, David Bosc, éditions Verdier ,  ISBN : 978-2-86432-726-4

Quatrième de couverture :

L’homme qui venait de franchir la frontière, ce 23 juillet 1873, était un homme mort et la police n’en savait rien. Mort aux menaces, aux chantages, aux manigances. Un homme mort qui allait faire l’amour avant huit jours.
En exil en Suisse, Gustave Courbet s’est adonné aux plus grands plaisirs de sa vie : il a peint, il a fait la noce, il s’est baigné dans les rivières et dans les lacs. On s’émerveille de la liberté de ce corps dont le sillage dénoue les ruelles du bourg, de ce gros ventre qui ouvre lentement les eaux, les vallons, les bois.
Quand il peignait, Courbet plongeait son visage dans la nature, les yeux, les lèvres, le nez, les deux mains, au risque de s’égarer, au risque surtout d’être ébloui, soulevé, délivré de lui-même.
De quel secret rayonnent les années à La Tour-de-Peilz, sur le bord du Léman, ces quatre années que les spécialistes expédient d’ordinaire en deux phrases sévères : Courbet ne peint plus rien de bon et se tue à force de boire ?
Ce secret, éprouvé au feu de la Commune de Paris, c’est la joie contagieuse de l’homme qui se gouverne lui-même.

Pulphead de John Jeremiah Sullivan

John Jeremiah Sullivan possède une qualité rare pour un écrivain, celle de savoir dire du bien de son sujet avec talent (il ferait fortune dans le créneau des biographies autorisées). Pour autant, au lieu d’en user avec parcimonie, c’est une tendance lourde chez lui. Le plus souvent pour le meilleur.

Plus rarement pour le moins bon et la bienveillance coule le long de quelques chroniques comme d’un robinet l’eau tiède.

 

La singularité de son regard (ce n’est pas donné à tout le monde), le sens pertinent du détail dont il fait preuve dans des textes architecturés avec brio (parfois à l’excès), ne laissent pas de doute : on est en face d’un véritable écrivain qui n’est jamais condescendant avec les sujets qu’il traite.

Les personnages réels qui peuplent ses chroniques sont enrobés d’un halo de sympathie qui fait que Michael Jackson n’est pas loin de devenir un martyr, l’inepte ‘’Le Miz’’ (catcheur et star de la téléréalité dont j’ignorais l’existence jusque là) un garçon intelligent, des cas sociaux ‘’born again’’ vivant dans les bois et amateurs de Rock Chrétien des gars bien qui aiment Jésus, etc…

 

Sullivan excelle quand il manie une langue classique mise au service de textes justement relatifs à des choses profondément enfouies dans le passé. Au fond, et la thématique sous-tend ses textes les plus réussis, l’auteur est un chercheur de temps perdu, plus précisément du lien exhumé, intact et réel (pour peu qu’on se donne la peine de le chercher) qui unit le passé au présent.

 

C’est le cas lorsqu’il retrace la vie de Constantin Samuel Rafinesque, naturaliste du début du XIXème siècle, précurseur de Darwin mais également poète et théoricien délirant (que n’aurait pas daigné ajouter André Blavier à sa monumentale encyclopédie sur les fous littéraires). On imagine une biographie passionnante à écrire, tenant à la fois de Gil Blas pour le picaresque de l’existence de Rafinesque, et du Flaubert de Bouvard et Pécuchet.

 

Autre réussite du recueil intitulée ‘’Mr Lytle : chronique’’. L’auteur, alors jeune étudiant en lettres, nous raconte les quelques mois qu’il a passé comme ‘’apprenti’ (en vérité homme à tout faire) chez un écrivain à moitié sénile de 92 ans, Andrew Lytle. Lytle est le dernier survivant des Agrarian, mouvement littéraire du sud des Etats-Unis pendant les années 30. C’est un peu une légende auprès de qui les jeunes générations viennent humer le parfum disparu du vieux sud mythique.

Venons-en au passage cocasse du récit. Sullivan, installé au sous-sol de chez Lytle, est au lit en compagnie de sa petite amie, ‘’une grande jeune femme à moitié cubaine’’ que l’on imagine splendide avec ‘’ses longs cheveux noirs qui lui descendent jusqu’aux fesses’’. Lorsque Lytle, cloitré dans sa chambre, invite celui qu’il appelle le ‘’Cher enfant’’ (par le biais d’une sorte d’interphone intérieur) à dormir à ses côtés, soi-disant pour le réchauffer parce qu’il va mourir de froid, on reste circonspect devant le comportement du jeune apprenti qui docilement s’exécute, quitte sa fraiche et jeune amie pour venir partager la couche d’un semi cadavre aux intentions troubles. Au petit matin, quand Sullivan ouvre les yeux, Lytle est en train de lui mordiller l’oreille, une main posée sur le sexe du jeune homme.

 

Il n’en voudra pas longtemps au vieil écrivain (après tout il l’a bien cherché) et deux ans et demi après la mort de ce dernier, l’incident semble tout à fait oublié lorsque le fantôme de Lytle lui apparaît, au sortir d’une bouche de métro parisien, « sa silhouette non pas jeune, mais affichant vingt ans de moins que lorsque je l’avais connu, et les lunettes sérieuses à monture noire qu’il portait à ce moment-là de sa vie, le regard haut, l’air grave, montant les marches vers la lumière, où je le perdis ».

On croit à une scène coupée au montage du fameux film ‘’Signes’’ de M. Night Shyamalan et je n’aurais pas été étonné si, continuant sa narration, Sullivan avait alors été bousculé, filant derrière Lytle, par Bruce Willis en personne.

Ce n’est pas le seul moment de métaphysique ‘’shyamalanienne’’ du livre. Lorsque Worth, le frère ainé de Sullivan, revenu comme par miracle à la vie après une électrocution qui aurait dû lui cramer définitivement le cerveau, raconte la ‘’vision’’ qu’il a eu quand il a su qu’il était mort, son cadet le presse sur le champ de connaître la réponse à ce que le musicien Charles Ives, dans son œuvre la plus célèbre avait titré ‘’The unanswered question’’. S’ensuit une description de la traversée du Styx dans une barque en compagnie de personnages sortis de chez Mark Twain dont on fêtait justement le quatre vingt cinquième anniversaire du décès le jour où le miraculé reçut sa surdose d’électricité.

Le mystère du passage de la vie à la mort reste entier est la seule information tangible qu’on retire de ce récit édifiant concerne la reconversion de l’ex capitaine Kirk de la série StarTrek, William Shatner, en animateur de talk show.

 

 

Le texte consacré à Axl Rose, nous en apprend plus sur Sullivan que sur le chanteur des Gun’s n roses. Ce n’est plus l’écrivain posé et bienveillant qui nous avait parfois fait bailler qui parle. Le propos se muscle, l’auteur s’efface derrière le fan, un de ces types capables de ne plus jamais se laver le bras autographié au marker par leur idole au sortir d’un concert. Quand chez un écrivain la bride a cédé sous la pression du fanatisme ça peut donner de bons livres (immédiatement je pense à la biographie que Stefan Zweig a consacrée à Balzac).

Axl Rose n’est certes plus physiquement qu’un Mickey Rourke bouffi et pathétique, sa carrière est pliée, quant à sa musique au mieux elle ne fait que mimer la gloire du passé révolu d’un groupe dont il ne reste plus aucun musicien de la configuration initiale, tout cela, Sullivan s’en tape. Ce qu’il voit sur scène c’est une légende vivante au faîte de son art, ce qu’il entend ce sont les six voix différentes qu’affirme posséder Axl Rose ce dont Sullivan ne doute pas un instant et dont il nous parle si bien que ces six voix on finit nous aussi par y croire, par les entendre !

 

Ce livre serait recommandable ne serait-ce que pour un seule texte : ‘’des bardes inconnus’’. Dans ce texte à la prose impeccable, John Jeremiah Sullivan fait émerger un monde perdu celui les chanteurs de folk blues des années 20 et 30. Qui a jamais entendu parler de Geeshie Wiley, Mattie May Thomas, ou le duo Cousins & DeMoss, dont le lointain écho est demeuré gravé sur des 78 tours quasi introuvables ? Grâce au talent de Sullivan, ils agissent sur nous comme des revenants (nom de la maison de disque qui les réédita dans les années 2000).

 

Après la lecture de ce texte on se souvient de celui consacré à Michael Jackson, et cette scène quasi fantastique qui se passe lors d’une séance d’enregistrement et où le chanteur nous apparaît lui aussi comme un revenant : la parole est donnée à Bruce Swedien, qui avec Quincy Jones a produit Michael Jackson pour Thriller : «Michael enregistre dans le noir, raconte-t-il. Et il danse. Imaginez un peu : vous êtes de l’autre côté de la vitre. Le noir presque complet. Juste un petit filet de lumière qui descend sur lui. » Swedien lève le bras pour mimer un étroit cône de lumière qui descend du plafond, à l’aplomb de sa tête. « Et vous apercevez le micro, là. Il commence à chanter. Et hop, on le voit plus. » Il a disparu, dans l’obscurité, il danse, il virevolte. Quincy et Swedien n’en savent pas plus. « Et puis (Swedien donne un grand coup dans le vide devant lui) le revoilà devant le micro, pile au bon moment .»

 

Un dernier mot au sujet de ce livre dont la lecture vous est recommandée : le travail des traductrices a été particulièrement soigné.

 

Chronique d’Olivier Teboul 

 

Le tumblr de l’auteur

 

Pulphead, John Jeremiah Sullivan, Calmann Levy, ISBN  9782702144237

 

 

Quatrième de couverture :

Lire les chroniques de Pulphead, c’est grimper à bord d’un camping-car de neuf mètres de long pour rejoindre les ados d’un festival de rock chrétien. C’est dormir sous le même toit qu’un vieux fou, le dernier des Agrarians, chef de file des écrivains du sud des États-Unis. S’interroger sur l’art en sifflant des cocktails dans une boîte branchée aux côtés du Miz, star de la téléréalité. Croiser la solitude de Michael Jackson ou celle des sans-abris après Katrina. C’est se demander pourquoi Axl Rose, né au milieu de nulle part, est devenu Axl Rose, le chanteur des Guns N’Roses. Se frayer un chemin dans une manifestation pour protester contre la réforme du système de santé américain. C’est, dans la fumée jamaïquaine, à Kingston, distinguer les dreadlocks de Bunny Wailer, l’unique survivant du groupe de Bob Marley. S’enfoncer dans des grottes du Tennessee à la recherche des origines de l’homme. C’est aussi écouter en boucle un blues des années 30, pour essayer de retrouver, malgré le disque rayé, un mot inaudible perdu quelque part dans l’histoire.

En quatorze chroniques détonantes, John Jeremiah Sullivan décline sa quête de l’identité américaine, fouillant dans les entrailles de sa culture pop, scientifique, underground ou littéraire pour répondre à des questions universelles : Qui sommes-nous ? De quoi sommes-nous faits ?

Si sa plume l’élève au rang des hérauts du nouveau journalisme, John Jeremiah Sullivan a su trouver son propre regard, dans lequel l’intelligence, la curiosité et le charme le disputent à une bienveillance stupéfiante pour ses contemporains.

La méthode Abrogast de Bertrand de La Peine

Et ben voilà, quand on veut on peut ! Quoi de mieux pour me faire passer pour un être suprêmement intelligent que de parler de la rentrée Minuit dont personne ne parle ? (ils ont tort, comme d’habitude, mais ils ont tout tort, et le tort tue) (désolée, ça ne pouvait pas non plus durer trop longtemps). Donc voilà j’ai lu un beau roman français (Bon. Belge. Francophone, quoi.) ce qui m’arrive fort peu souvent et même que j’ai survécu, ce qui montre que les mauvaises langues qui disent que la littérature française (oui, francophone, oh, ça va hein) est moribonde, qu’elle ne publie que des autofictions pleines de gros mots et de sexe (oui, je le dis aussi parfois, dans les soirées, ça permet d’avoir l’air intelligent) n’ont pas totalement raison, il reste des textes suffisamment barrés pour me plaire.

 

Alors, la Méthode Arbogast, c’est un truc bizarre. Un roman bizarroïde. On a l’impression que ça se déroule intégralement dans une hallucination, j’étais même prête à m’indigner quand je lirai sur la dernière page « et je me suis réveillé » et en fait, ben, non… C’est sérieusement barré, ça va de Bruxelles à Madagascar, ça parle d’hypnose et de grenouilles et le héros illustre parfaitement le principe du « mauvais endroit au mauvais moment » mais je suis totalement rentrée dedans, j’ai aimé l’écriture, le rythme…

Une super lecture, donc.

 

Chronique de Reading in the rain 

 

La méthode Abrogast, Bertrand de La Peine, édition de  Minuit,  ISBN 9782707323071

 

Quatrième de couverture :

Rien de tout cela ne serait arrivé s’il n’y avait pas eu ce moineau.
Ni cette chute du haut du bouleau.
Valentin Noze n’aurait pas connu le docteur Arbogast, ni sa méthode d’hypnose par l’image, encore moins ses grenouilles.
Il ne se serait pas retrouvé sur l’île de Madagascar, et n’aurait pas eu à fuir devant un cyclone ou à pourchasser un ancien mercenaire à travers la forêt de la Montagne d’Ambre…
Et puis surtout, il n’aurait pas rencontré Sibylle.
Bref, il n’aurait rien vu.

Les saisons de Louveplaine de Cloé Korman

Les saisons de Louveplaine est un roman dense qui ne se laisse pas facilement apprivoiser, à l’image de la banlieue que le roman dépeint.

Ce roman c’est l’histoire singulière de Nour, histoire singulière qui néanmoins pourrait être celle de beaucoup de femmes dans son cas, à quelques variantes près.

Nour est une jeune algérienne qui a épousé Hassan. Ce dernier a décidé d’aller tenter sa chance en France, de leur trouver un appartement et de tout préparer pour la venue de son épouse et de leur toute petite fille. En attendant, il envoie de l’argent à sa famille.

Et puis, un jour, il cesse de donner des nouvelles. Les semaines passent, Nour s’inquiète puis décide de partir à sa recherche, dans un monde dont elle ignore tout. Et c’est l’arrivée à Louveplaine, cité mal-famée, dans un appartement quasi vide de tout meuble, mais surtout vide d’Hassan. Les jours passent et il ne reparaît pas. Nour va alors faire la connaissance du quartier, de ses jeunes, de ses trafics mais également de la peur et de la violence qui vont avec.

Un roman donc, qui ne s’est pas laissé facilement apprivoiser. Un roman dense, organisé par mois et qui par ce découpage, montre la lenteur et le bourbier en quelque sorte dans lesquels Nour se retrouve empêtrée. Où est Hassan ? Peut-elle faire confiance au jeune Sonny qui semble vouer une admiration sans borne à son mari mais qui traîne dans des embrouilles plus fumeuses les unes que les autres.

Nour va devoir accepter que son mari n’est pas le rude travailleur qu’elle pensait, que la vie en France de ce dernier n’est pas l’Eldorado qu’on peut imaginer quand on est resté au pays. La jeune femme va aller de surprise en surprise, de déconvenue en déconvenue et découvrir une véritable jungle au sein d’un pays qu’elle imaginait lisse et symbole de prospérité. Mais les chances ne sont pas les mêmes pour tous.

Le texte est un texte riche et foisonnant par lequel l’auteur rend un véritable hommage à la cité. Elle décrit mais comprend sans dénoncer. Néanmoins, dans un entretien, elle refuse qu’on lui attribue là un documentaire. Ce roman est ce qu’il annonce : une fiction. Mais une fiction tellement réaliste qu’on en frissonne. Et avec Nour, on traverse une année fort pénible… Le personnage principal va subir un véritable parcours initiatique et ressortir complètement transformée de ce périple.

Les personnages secondaires sont également très réussis. Sonny en tête de file, bien évidemment. On lui claquerait des baffes à ce môme et pourtant… est-il vraiment coupable de chercher n’importe quel moyen pour survivre dans la jungle de sa cité ? Mais il n’est pas le seul à rendre vivante cette cité hostile : de la jeune prof inquiète pour son élève jusqu’au flic qui tombe amoureux d’une jeune infirmière de la cité, on y trouve un éventail de gens attachants qui font eux aussi la réalité des quartiers.

Un texte que je n’ai pas lu d’une traite… un texte dense et riche, que je recommande.

Chronique de Stéphie de Mille et une pages. 

Les saisons de Louveplaine, Cloé Korman, Seuil, ISBN 978-2021120639

Quatrième de couverture :

Nour, une jeune femme algérienne, n’a plus de nouvelles de son mari parti travailler en France. Elle prend l’avion, arrive à Louveplaine, banlieue où Hassan lui a promis de la faire venir avec leur petite fille. Mais, au 15e étage de la tour Triolet, l’appartement est vide. Hassan a disparu. Pourquoi ? Désemparée mais déterminée à retrouver son mari, Nour fait connaissance avec les habitants de la cité, découvre leur vie, leurs espoirs, leurs secrets. Sonny, bon élève au lycée mais mêlé à tous les trafics, s’impose à elle, tantôt amical, tantôt menaçant. Apparemment, il sait, pour Hassan. Mais veut-il aider Nour, la protéger ou au contraire « l’embrouiller » ? Nour avance à tâtons, alors que la sombre renommée de son mari se dessine sur fond d’économies parallèles et de démantèlements urbains qui mettent la cité sous tension. 
Cloé Korman a travaillé un an dans un lycée de Seine-Saint-Denis. Son livre, nourri par cette approche, va bien au-delà du reportage sociologique. La vivacité des scènes et des personnages, l’originalité de l’écriture, la façon dont l’intrigue avance, tantôt brutalement, tantôt subtilement, bref, l’invention littéraire, donnent une ampleur rare au roman et confirment les dons exceptionnels de Cloé Korman.

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