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Les Identités Remarquables de Sébastien Lapaque

Les Identites remarquables lepaque

Les Identités Remarquables de Sébastien Lapaque – Actes Sud

En mathématiques, les identités remarquables sont des égalités ou encore des expressions qui s’appliquent à des nombres et qui permettent d’en accélérer le calcul en en simplifiant l’écriture. Elles sont en général utilisées pour aider à la résolution d’équations du second degré.
En français, est remarquable la personne, la chose ou l’action qui possède une caractéristique particulière qui la fait attirer l’attention et donc, être remarqué.
Un titre excessivement bien choisi par Sébastien Lapaque mais que l’on ne peut commencer à analyser qu’en fermant le livre.

En commençant son roman par cette phrase “Tu vas mourir, aujourd’hui, et tu ne le sais pas encore.”, Sébastien Lapaque pose le cadre de l’histoire: sentencieux plus que menaçant, le livre lui-même apostrophe le héros et ouvre une journée qui doit s’avérer être la dernière de sa vie.
Le déroulé de cette journée, dont on ne sait pas, avant la fin, qui l’a réellement écrit, volette tout du long sur la vie insouciante du héros (qui devient donc dès le départ la victime), sur les relations qu’il a tissé avec des personnages plus ou moins hauts en couleur et puise sa matière dans une tragédie familiale qui semble cadrer le tout.

Ce qui est assez étrange dans les Identités Remarquables c’est que justement, les personnages n’en sont pas, au sens littéral du terme: certes ils ont tous leurs qualités, leurs talents même, mais ils ne sont pas remarquables, rien dans leurs êtres, leurs vies ou leurs façon de réagir ne l’est.

Le héros est même falot, il semble être en filigrane et la description de sa vie inscouciante et quelque peu blasée n’aide pas à lui trouver quelque profondeur que cela soit, impression renforcée par le fait qu’il faut attendre les dernières pages pour connaître son nom.
Les autres, Laroque, Caroline, Mlle Mystère et même Olivier, ont même tous plus de profondeur que le héros, d’une façon différente et pour des raisons diverses, mais ils établissent autour de lui un cadre qui le fait être encore plus transparent.

Car finalement, ce qui ressort de ce livre, c’est que le nœud de l’histoire et le message qu’il traduit n’est pas celui qu’on croit.
Certes, une tragédie se joue et est sur le point de se dénouer, mais tout ceci est moins important que la mise en avant du temps qui passe, que la prise de conscience nécessaire des gens qui nous entourent et de la nécessité de vivre sans survoler les choses, les sentiments et les individus. On se retrouve d’ailleurs très vite à ne plus attendre le dénouement de ladite tragédie mais plutôt d’essayer comprendre où l’auteur veut en venir.

“Les identités remarquables” resserre l’action à une tranche de vie commune à tous ces personnages et en simplifie la compréhension en faisant ressortir ce qui devrait être l’évidence et l’indispensable.
De là à dire que l’équation de la vie a été résolue, il y a un pas que je ne franchirai pas mais je dois avouer qu’il est plutôt frais de lire un tel livre tant on se retrouve parfois à survoler nos vies plutôt qu’à les vivre, même si le sujet a été souvent abordé. Et le style plutôt fluide (quoiqu’un peu lourd dans les descriptions à mon sens) ainsi que la particularité du “livre en tant que voix” y aide assez.

Un joli livre de la rentrée 2009.

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 réalisée par Audrey

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Quatrième de couverture :

« Tu vas mourir, aujourd’hui, et tu ne le sais pas encore. » Dès la première phrase de cette chronique d’une mort annoncée – dès la première minute de cette journée particulière où se reflète la brièveté de toute existence-, un homme fait à la fois figure de héros et de victime. Et c’est lui, inconscient, égotiste et jouisseur, que le roman interpelle et tutoie comme s’il tendait à notre insouciante finitude un miroir. Plaisir de se croire si beau, privilège d’aimer, hélas fort mal, une exquise petite marchande de jouets, délice de convoiter une banquière aux yeux de biche, de se couler dans l’hedonisme d’une vie simplifiée. Mais en secret, une vierge froide et un tueur prédestiné trament le scénario de la vengeance familiale.

Bella Ciao d'Eric Holder Chronique N°1

Bella Ciao Holder eric

Bella Ciao de Eric Holder, Seuil, 180 pages.

L’alcool est l’aspirine de l’âme. (Louis Gauthier)

Le Médoc, entre-mer lumineuse et entregent haut en couleur, est la terre d’élection d’Eric Holder. Depuis La Baine, il le dit, l’écrit, il le chanterait même à la Vincent Delerm. Le Médoc, avec son « ciel bleu layette » n’est pas la destination de prédilection de l’abstinent, en tout cas, pas de celui à qui il reste un semblant de neurone. La Patrie du vin gouleyant et du vigneron intransigeant est le décor du nouvel opus du spécialiste de l’authentique presque rien qu’est devenu Eric Holder.

Atteint par le syndrome Christine Angot, maladie à laquelle sa constitution toujours un peu narcissique d’écrivain nous rappelant qu’il est en train d’écrire ce que nous lisons le prédisposait, Eric Holder se livre ici à une autobiographie à peine voilée : un écrivain, en mal d’inspiration puisqu’il la boit jusqu’à la lie, se sépare de « l’amour de sa vie » Myléna, éditrice, le jour du 14 juillet. Une tentative de suicide après, il tente de se reconstruire en travaillant de ses mains dans les vignes avec Franck, son irascible patron, et observe la vie minimale de Picolette et autres dérivés au comptoir. Il se soigne l’âme donc à grands coups de litron pour retrouver le « pacte sacré » de son couple, celui de la lecture et de l’écriture.

On reconnait le bon ouvrier à ses outils ( proverbe de ma grand-mère dans l’Aveyron mais qu’on doit trouver dans le médoc surement !)

Eric Holder veut le mot juste, l’épure qui transmettra l’immuable beauté du quotidien. J’ai aimé l’ouvrier Holder, bien des fois, dans son travail de la langue juste, ce mot de presque rien qui rend presque tout sensible et infiniment savoureux. Etre à l’écoute de soi dans le monde, même si ce monde est circonscrit, voilà le but de l’ouvrier Holder.

Mais là, ce ne sont plus des chevilles ouvrières qu’il utilise, ce sont d’énormes poutrelles. J’ai donc pris en note, jusqu’à la page 48 seulement ( ensuite j’ai pensé aux arbres et aux castors et j’ai cessé de gâcher du papier) les poncifs utilisés : « un ciel sans nuage, bleu layette » « deux pierres vertes, deux pures émeraudes ourlées de longs cils féminins » le labrador «  sa splendide robe crème le désignait comme prince du paysage » «  la bouche mobile sans arrêt traversee d’impulsions révélait le travail incessant de l’âme » « les cheveux d’un noir de jais sur lequel ricoche la lumière et les muscles moulés sans un pouce de graisses courant sous la peau comme ceux des chevaux. »

Poncif aussi sa vision du vigneron : dur à la tâche et philosophe sur la vie. Et une petite couche en plus sur la beauté du geste millénaire, et de la faible valeur ajoutée de celui-ci dans l’ascenseur social : « Entretient-on à la campagne des écuries d’Augias qui serviront à tester l’ouvrier ? »

Poncif sa vision de l’alcoolisme qui ne transporte que sur des rivages proches et à laquelle je préfère celle de David Mac Neil dans « Tangages et Roulis »  plus rockn’roll ou orgiaque, gaie, rabelaisienne de Blondin.

Poncif et récurent de surcroît chez Holder , « l’amour de ma vie », femme d’abnégation et de littérature, qui accepte un quotidien si bien raté en échange de pages si noircies…Et de l’obtention d’une bourse du Centre National du Livre, que le narrateur et l’auteur ont recus.

Trop ou trop peu de vin interdit la vérité.

L’authenticité du quotidien n’est plus au rendez-vous du coin de comptoir où Picolette seulement, personnage caricatural par nature, vous accueille. Eric Holder n’a dit ici qu’une vérité : il a obtenu une bourse pour écrire et l’a bue.

Bella Ciao, d’Eric Holder, éditions Seuil, 20 Août 2009 180 p ISBN 978202097535

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par Abeline Majorel

Quatrième de couverture :

Après 33 ans de vie commune et deux enfants ensemble, Mylena met son homme à la porte. « J’en ai assez ». Difficile de lui donner tort. « Je ne veux plus d’un homme soûl dans mon lit ». On soupçonne pourtant que ces deux-là s’aiment encore. Pour conclure en beauté sa piètre vie, le narrateur décide de s’accorder une dernière cuite mémorable avant de se déshabiller et de se jeter nu dans l’Atlantique. Les noyades sont récurrentes chez Holder, mais cette fois il inverse le thème, l’homme étant sauvé « avec l’aide du courant de baïne ». On est saisi par l’autoportrait si peu glorieux de ce type émergeant de l’eau à quatre pattes comme un chien fourbu, nouveau Robinson. Le matin, au comptoir, des amitiés sans chichis entraînent des propositions de boulot, comme autant de bouées de sauvetage. Notre romancier brisé se reconvertit dans les métiers manuels…

La rose des sables de Pierre Boussel

ROUSSEL

La rose des sables de Pierre Boussel aux éditions Jigal (changement de titre couverture à venir )

Très souvent, je lis aux toilettes. Une vieille habitude qui veut que j’emmène au petit coin des petits livres qui sont plus souvent proches du degré zéro de l’écriture que de l’infini. Il est des endroits où il est bon de ne penser à rien. Enfant, chez mes parents, en pile et en vrac, je trouvais avec aisance, de quoi satisfaire ce besoin d’absolument rien, si ce n’est du papier imprimé : les BD disputaient les étagères aux mauvais polars à couverture jaune, les Angélique en 12 volumes s’ébrouaient au milieu des Rustica de mes parents.

Par une belle matinée de cet été, j’ai donc choisi d’aller avec « La Rose du Désert » de Pierre Boussel, en cet endroit solitaire. Ma tête a heurté le vide, dès les premières pages, provoquant, comme toute situation de chute ridicule et de douleur mêlée, le rire. Et le rire, en ce lieu, croyez-moi, ce n’est pas très conseillé, par Jacob et Laffont et le syndicat des égoutteurs de serpillère associés.

Comment vous narrer cette expérience de lecture ? « La Rose du désert » tient du roman épique : Jeanne, la courte vingtaine, blonde, belle, intelligente et téméraire ( oui, téméraire car comme le dit l’auteur, elle a été élevée dans les cités de la banlieue parisienne, autant dire Beyrouth, où elle a appris à contrôler sa peur, ainsi qu’à converser avec le caïd, ce qui est , on le sait , un bon apprentissage pour parler au terroriste …), Jeanne, donc, est engagée pour suivre un tournage d’une marque de cosmétique, dans une région du monde hostile, très hostile, où la nature est désertique et le terroriste joyeux. Jeanne quitte son père, plombier à Paris, pour vivre sa destinée brillante d’assistante de production, dans cette mer de sable, pleine de légende d’esclave qui chante dans les dunes, et d’entrepreneurs enlevés par des barbus peu amènes. Notre farouche Jeanne se fera donc enlever par un peu croyant en le pouvoir de Gilette. Epique donc l’expérience de lecture même.

A ce stade là, je ne voudrais pas vous dévoiler toutes les subtilités de l’intrigue, je vous dirai juste qu’il ne faut jamais sous-estimer un plombier qui pourrait bien être un ancien de la DGSE et que si vous avez en votre jeune temps vu ou lu « Angélique et le Sultan » ou un quelconque Harlequin désertique, vous pourrez sauter des pages en remplacant le fameux cri de « Geoffrey ! » dans le désert, par un « Princeeeeeeeee » de bon aloi. Hésitant entre le style d’un feuilletoniste du 19eme siècle et la volonté d’inclure une forme d’oralité tout du moins une connaissance du langage « jeun’s » , l’auteur est hors du temps, hors de la réalité ( ce qui ne serait pas le plus grave) si il n’avait à force de maladresses était hors de toute crédibilité. Arrivée à la dernière page, je n’aurais retenu qu’une chose : le chameau est le véhicule de l’avenir puisqu’il vous permet de traverser un désert immense en deux jours montre en main, en tenant compte évidemment du vent, de l’hydratation du chameau et de votre stock de biafine.

Bref, au Japon, existent des romans publiés sur les rouleaux de papier toilette. Cela me semble une piste à creuser ….

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par Abeline Majorel

La Perrita, Isabelle Condou

La Perrita, Isabelle Condou – Plon – 294 pages

La Perrita (en espagnol) signifie « petite chienne » ou « chienne bien aimée ». La Perrita dans le roman d’Isabelle Condou est une femme, une prisonnière, celle qui va donner naissance à l’enfant tant attendue, celle qui va hanter les pensées de Violetta, bourgeoise gâtée à qui rien ne doit manquer, surtout pas la possibilité d’être mère, au risque de s’arranger avec une conscience de toutes manières versatile.

Mais reprenons le fil du récit là où il commence…

Nous sommes en Argentine, en 1996, deux femmes préparent une fête. Elles attendent toutes les deux une jeune-fille, la même. Celle-ci va avoir 18 ans. Pour l’une, Violetta, la jeune-fille se nomme Malvina, elle est l’enfant qu’elle s’est appropriée, qu’elle a volée à cette femme, La Perrita , allongée sur son lit d’hôpital, le visage boursouflé de coups et d’ecchymoses. Pour la seconde, Ernestina, cette enfant est Rose, la petite-fille dont elle n’espérait plus l’existence, née de son fils disparu, enlevé, séquestré, tué, et d’une belle-fille au regard si bleu, si pénétrant, si doux, qu’elle ne verra plus jamais, elle non plus. Les deux femmes, au fil de leur préparations, se remémorent leur jeunesse, leurs attentes, leurs désillusions, leurs drames. Tout les oppose. Seule une enfant perdue dans son histoire réunit ces deux univers, symbolisant chacun une Argentine coupée en deux, blessée, malmenée par son passé.

Je suis tombée en amour avec l’écriture d’Isabelle Condou bien avant d’ouvrir ce livre-ci. Tout a commencé en 2007, je me souviens, avec la découverte de son roman la Solitude de l’aube (2006)  où la singularité de son style, sa voix particulière, le talent avec lequel elle semblait construire un univers, se l’approprier, le rendre  réel m’a frappé. J’ai continué mon parcours avec la lecture de Il était disparu (2004),  roman qui m’a également beaucoup plu. Chez Isabelle Condou, il est beaucoup question de disparition, d’attente, d’amour, de groupe, de fêlures et de distances, d’Histoire. La Perrita ne déroge pas à la règle, et ce n’était pas pour me déplaire. Malgré quelques difficultés, dans les première pages, à appréhender d’emblée les personnages – on passe d’une maison à une autre, d’une histoire à une autre –, je me suis glissée avec plaisir, et très rapidement, dans un univers argentin qui nous devient très vite familier, proche, sensible. Isabelle Condou a en effet, cette capacité fine de partir du corps, de la terre, des gestes quotidiens, des salissures et des faiblesses, pour nous raconter des histoires où l’amour règne, mais aussi la beauté, la grâce et l’héroïsme. Elle interroge par la même occasion nos propres faiblesses, nos incertitudes, nos manquements. Voilà donc encore un grand roman d’une auteure qu’il me semble urgent de lire, et de découvrir bien plus largement ! On aime ici Ernestina, Juan, Elena, et tous les personnages fêlés qui hantent le roman, et on voudrait avoir ce pouvoir-là de lecteur de préserver ce qui peut l’être, de les serrer –rien qu’une fois – dans nos bras. Un très beau moment de lecture.

« Rangés dans un placard, il y avait aussi les cadeaux de Noël que Juan et Elena n’avaient jamais ouverts. Et puis au fond d’un tiroir, le plus bas du buffet, se cachait le disque d’une berceuse de grand-mère qu’Ernestina s’était promis d’écouter au repas de baptême, et rien qu’à passer devant le buffet, maintenant, quelque chose à son oreille grinçait. Partout dans l’appartement elle se heurtait au souvenir d’un avenir qui n’avait pas eu lieu. Le vide tenait tant de place qu’elle pouvait le toucher, où qu’elle posât les yeux. Elle le sentait sur sa peau, dans ses oreilles et jusqu’au-dedans de la bouche, que ça ressemblait aux prémices d’un amour à naître. Ni les curés, ni les sorcières ne mentent, il y a bien une vie après la vie puisque l’absence prend corps dans la maison, comme un ventre qui gonfle et que l’on caresse, et qui donne l’envie de s’asseoir à attendre, sa propre mort, sans doute. Mais quelque chose lui interdisait de s’asseoir. Un fol espoir. Celui que peut-être l’avenir n’était pas tout à fait mort, que l’on y attendait son petit-enfant. De cet espoir, elle ne démordait pas. » (Un extrait)

Chronique de la rentrée littéraire septembre 2009 rédigée par Antigone qui rédige le blog éponyme.

Quatrième de couverture :

Un dimanche de mars 1996, en Argentine, deux femmes que tout oppose se remémorent le fil de leur destin tandis qu’elles préparent, chacune de leur côté, une fête d’anniversaire.
Ernestina est une provinciale, retraitée, dont le fils a disparu pendant la dictature. Violetta est une bourgeoise d’une quarantaine d’années, mariée à un militaire. Rien ne rapproche ces deux femmes sinon la jeune fille qu’elles attendent désespérément pour souffler avec elle ses 18 bougies. Pour Ernestina, il s’agit de Rosa, la petite-fille qu’elle a tant cherchée. Pour Violetta, il s’agit de Malvina, l’enfant qu’elle s’est appropriée.
Une enfant, deux prénoms: les deux versants d’une seule histoire, la fêlure d’un pays.

Mémoires de Marc-Antoine Muret de Gérard Oberlé Chronique N°1

Mémoires de Marc-Antoine Muret de Gérard Oberlé, Grasset

Cette balade dans la vie de Marc Antoine Muret est belle et réussie. L’histoire de cet érudit, de cet esprit, enfant de la  Province qui arrive à Paris,  puis banni, qui se réfugie en Italie a une force simple et réelle. Avec une trame toujours d’actualités sur les libertés :  pensée, sexuelle… ( il y a dans chaque chapitre des thèmes qu’ils ne seraient pas déplacés de mettre à la une aujourd’hui – un exemple ) et même si la description des soirées arrosées est parfois répétitive, Gérard Oberlé par légères touches nous fait redécouvrir une époque passionnante au travers de son personnage attachant & cultivé. De légères touches qui rappellent le poids de l’église, la naissance d’une nouvelle pensée, les mœurs et habitudes des rois de France, les enseignements de Rome. Il y a d’ailleurs l’envie à la fin de la lecture de ce livre de poursuivre le voyage dans le temps avec, par exemple, un des ouvrages de référence cité par l’auteur. Mais pour les livres cités qui datent du début du 19ième siècle, une question se pose : où les trouver, où les consulter ? une question qui me permet de remercier Gérard Oberlé de la disponibilité de son livre aujourd’hui !

En résumé, la promenade est fort agréable, la lecteur douce comme du miel, distrayante et instructive. Le plaisir de lire Gérard Oberlé est toujours aussi grand !

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par Danièle Anclin

DG IE-Club

Présidente Réseau ESSEC au féminin

Quatrieme de couverture :

Gérard Oberlé est l’auteur chez Grasset de Retour à Zornhof (Prix Découvertes Le Figaro Magazine, Prix des Deux magots, 2004), Itinéraire spiritueux (Prix Mac Orlan, Prix Edmond de Rotschild, Prix Rabelais, 2006) et d’un recueil de chroniques musicales (La vie est ainsi fête, 2007). Expert en livres anciens, il est aussi chroniqueur à Lire.

«Les esprits sérieux penseront que pareilles fantaisies ne méritent pas d’être rapportées par écrit. Je leur répondrai que mon récit n’est rien d’autre que bavarderie et digressions, autrement dit vagabondages de geai ou de pie sur les sentiers d’à côté. Quand mon héritier flânera dans vingt ou trente ans dans ces cahiers, il feuillettera ses souvenirs d’enfant et se souviendra de moi en souriant».
Marc-Antoine Muret a vécu «deux vies de même durée, mais fort dissemblables, car la seconde fut comme l’antithèse de la première». Humaniste, professeur, maître de Montaigne et orateur des Papes, il fut aussi hédoniste, poète, grand amateur des plaisirs charnels – ripaille et lupanar. Muret raconte son amour pour toutes les nourritures terrestres, évoque l’esprit de la Renaissance, ses amis de la Pléiade, les réjouissances inspirées de l’Antiquité. Il rencontre, au gré de son errance, une foule bigarrée de personnages hauts en couleurs, gentilshommes et canailles, femmes savantes et courtisans. Dans ce siècle baroque (XVIème siècle), l’Europe renaît! Mais l’Europe vit aussi avec ses vieux démons, la morale exigeante et les guerres de religion. Marc-Antoine Muret traverse le meilleur comme le pire, mais reste toujours fidèle à ses principes: «Le plaisir était mon idéal, jouir était ma loi».
Entre élégance du style et jargon coquillard, bacchanales et rites phalliques, la liberté grivoise et l’érudition vive, jamais pédante, de ces mémoires sont contagieuses. Un roman admirable, plus moderne qu’il n’y paraît: la passion amoureuse d’un homme pour un autre, chassé de Toulouse, condamné au bûcher, forcé de fuir Paris pour Rome.

Les lits en diagonale de Anne ICART Chronique N°1

Les lits en diagonale – Anne Icart – Robert Laffont – août 2009 – 156 pages

les lits en diagonales

C’est un roman français dans l’air du temps, me semble-t-il, plutôt introspectif.

Le récit, clairement dédié au frère de la narratrice, est entièrement écrit à la 2nde personne du singulier, ce qui ancre le lecteur dans le récit en lui donnant l’impression d’être directement concerné, interpelé.

Emporté par la narration chronologique, le lecteur suit l’évolution d’Anne, de sa naissance à ses 40 et quelques années, évolution qui ne se fait qu’en fonction de l’existence de son frère Philippe, handicapé mental léger. Toutes ses relations sociales, amicales ou amoureuses dépendront de son rapport à son frère, de l’attachement indéfinissable et indéfectible qu’elle lui voue.

Le 1er paragraphe du livre en est assez représentatif : « J’ai quitté Thomas le lendemain de mes trente ans. […] Et je n’aimais pas la manière dont il te regardait. La manière dont il ne te regardait pas. »

Cependant, j’ai trouvé que la qualité du récit n’était pas toujours égale.

J’ai parfois éprouvé un ennui extrême, par exemple lors des réminiscences de souvenirs de vacances un peu nombreuses, et

quelques pages plus loin, une très forte émotion, notamment lors de la description du désespoir de leur mère face aux obstacles rencontrés par son fils et contre lesquels elle ne peut pas le protéger.

Je dois reconnaitre à Anne ICART que l’on sent une véritable sincérité loin de toute sensiblerie. Là où le sujet aurait pu être traité de manière larmoyante, elle emploie un ton franc, sans chercher à attendrir ou à faire pleurer le lecteur sur son sort.

« Que j’accepte de me dire que ma vie n’est pas un chemin de croix et qu’elle n’est finalement pas si mal. […] Je suis juste un peu plus compliquée que les autres à cause de toi. Et alors ? »

Anne ICART raconte son histoire. Tout simplement. A chaque lecteur d’être touché (ou non).

Chronique réalisée par Cécile qui tient le blog le grand nulle part

—–  Présentation de l’éditeur ————-

« Je préfère la photo où tu me serres dans tes bras. On a l’air de s’aimer à la folie. On s’aime à la folie. » De l’enfance à aujourd’hui, l’histoire bouleversante d’une petite sœur « normale » et de son frère « pas comme les autres ».

Il a cinq ans de plus qu’elle, ils dorment dans la même chambre, leurs lits en diagonale, et il est son grand frère adoré, son héros. Anne a à peine sept ans – « l’âge de raison » – quand sa mère lui dit que Philippe est malade, et qu’il ne guérira pas. Elle ne comprend pas tout, elle est trop petite, mais elle reçoit l’essentiel, de plein fouet : elle comprend qu’il faudra toujours veiller sur lui. Ne jamais le laisser seul. L’aimer plus fort que les autres. De ce jour, elle va grandir le cœur accroché à son frère, « son héros aux ailes brisées », handicapé mental à cause d’une césarienne faite trop tard lors de sa naissance.

Comme des instantanés ultrasensibles de leurs vies, les souvenirs affluent, mêlant passé et présent, parfois cruels et

douloureux, le plus souvent tendres et joyeux, voire cocasses. Et avec eux des sentiments extrêmement forts, le désir sauvage de protéger, la honte, le remords, la rage impuissante, la culpabilité, la peur, la difficulté à construire sa vie à soi, à aimer d’autres hommes – mais surtout l’amour, cet amour plus fort que les autres. « Personne ne peut imaginer comme je suis nouée à toi ; même pas moi » : c’est ce qu’elle raconte ici, de leur enfance dans les années 1970 à aujourd’hui où « tout va bien », parce que le regret de ce qui aurait pu être a laissé la place à l’acceptation de ce qui est vraiment.
Portée par une écriture lumineuse, l’émotion vous prend dès les premières pages et vous mène d’une traite jusqu’à la dernière ligne de ce récit aussi fort que bref : c’est rare.

—– Biographie de l’auteur ————-

Ariégeoise de cœur mais Parisienne depuis toujours, Anne Icart est née en 1968. Elle exerce la profession de rédactrice juridique. Les Lits en diagonale, son premier livre, a déjà été vendu, sur manuscrit, en Italie et aux Pays Bas.

—– Quatrieme de couverture ————-

Il a cinq ans de plus qu’elle, ils dorment dans la même chambre, leurs lits en diagonale, et il est son grand frère adoré, son héros. Anne a à peine sept ans –  » l’âge de raison  » – quand sa mère lui dit que Philippe est malade, et qu’il ne guérira pas. Elle ne comprend pas tout, elle est trop petite, mais elle reçoit l’essentiel, de plein fouet : elle comprend qu’il faudra toujours veiller sur lui. Ne jamais le laisser seul. L’aimer plus fort que les autres. De ce jour, elle va grandir le cœur accroché à son frère,  » son héros aux ailes brisées « , handicapé mental à cause d’une césarienne faite trop tard lors de sa naissance. Comme des instantanés ultrasensibles de leurs vies, les souvenirs affluent, mêlant passé et présent, parfois cruels et douloureux, le plus souvent tendres et joyeux, voire cocasses. Et avec eux des sentiments extrêmement forts, le désir sauvage de protéger, la honte, le remords, la rage impuissante, la culpabilité, la peur, la difficulté à construire sa vie à soi, à aimer d’autres hommes – mais surtout l’amour, cet amour plus fort que les autres.  » Personne ne peut imaginer comme je suis nouée à toi ; même pas moi  » : c’est ce qu’elle raconte ici, de leur enfance dans les années 1970 à aujourd’hui où  » tout va bien « , parce que le regret de ce qui aurait pu être a laissé la place à l’acceptation de ce qui est vraiment. Portée par une écriture lumineuse, l’émotion vous prend dès les premières pages et vous mène d’une traite jusqu’à la dernière ligne de ce récit aussi fort que bref : c’est rare

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