Romans Français

La rose des sables de Pierre Boussel

ROUSSEL

La rose des sables de Pierre Boussel aux éditions Jigal (changement de titre couverture à venir )

Très souvent, je lis aux toilettes. Une vieille habitude qui veut que j’emmène au petit coin des petits livres qui sont plus souvent proches du degré zéro de l’écriture que de l’infini. Il est des endroits où il est bon de ne penser à rien. Enfant, chez mes parents, en pile et en vrac, je trouvais avec aisance, de quoi satisfaire ce besoin d’absolument rien, si ce n’est du papier imprimé : les BD disputaient les étagères aux mauvais polars à couverture jaune, les Angélique en 12 volumes s’ébrouaient au milieu des Rustica de mes parents.

Par une belle matinée de cet été, j’ai donc choisi d’aller avec « La Rose du Désert » de Pierre Boussel, en cet endroit solitaire. Ma tête a heurté le vide, dès les premières pages, provoquant, comme toute situation de chute ridicule et de douleur mêlée, le rire. Et le rire, en ce lieu, croyez-moi, ce n’est pas très conseillé, par Jacob et Laffont et le syndicat des égoutteurs de serpillère associés.

Comment vous narrer cette expérience de lecture ? « La Rose du désert » tient du roman épique : Jeanne, la courte vingtaine, blonde, belle, intelligente et téméraire ( oui, téméraire car comme le dit l’auteur, elle a été élevée dans les cités de la banlieue parisienne, autant dire Beyrouth, où elle a appris à contrôler sa peur, ainsi qu’à converser avec le caïd, ce qui est , on le sait , un bon apprentissage pour parler au terroriste …), Jeanne, donc, est engagée pour suivre un tournage d’une marque de cosmétique, dans une région du monde hostile, très hostile, où la nature est désertique et le terroriste joyeux. Jeanne quitte son père, plombier à Paris, pour vivre sa destinée brillante d’assistante de production, dans cette mer de sable, pleine de légende d’esclave qui chante dans les dunes, et d’entrepreneurs enlevés par des barbus peu amènes. Notre farouche Jeanne se fera donc enlever par un peu croyant en le pouvoir de Gilette. Epique donc l’expérience de lecture même.

A ce stade là, je ne voudrais pas vous dévoiler toutes les subtilités de l’intrigue, je vous dirai juste qu’il ne faut jamais sous-estimer un plombier qui pourrait bien être un ancien de la DGSE et que si vous avez en votre jeune temps vu ou lu « Angélique et le Sultan » ou un quelconque Harlequin désertique, vous pourrez sauter des pages en remplacant le fameux cri de « Geoffrey ! » dans le désert, par un « Princeeeeeeeee » de bon aloi. Hésitant entre le style d’un feuilletoniste du 19eme siècle et la volonté d’inclure une forme d’oralité tout du moins une connaissance du langage « jeun’s » , l’auteur est hors du temps, hors de la réalité ( ce qui ne serait pas le plus grave) si il n’avait à force de maladresses était hors de toute crédibilité. Arrivée à la dernière page, je n’aurais retenu qu’une chose : le chameau est le véhicule de l’avenir puisqu’il vous permet de traverser un désert immense en deux jours montre en main, en tenant compte évidemment du vent, de l’hydratation du chameau et de votre stock de biafine.

Bref, au Japon, existent des romans publiés sur les rouleaux de papier toilette. Cela me semble une piste à creuser ….

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par Abeline Majorel

La Perrita, Isabelle Condou

La Perrita, Isabelle Condou – Plon – 294 pages

La Perrita (en espagnol) signifie « petite chienne » ou « chienne bien aimée ». La Perrita dans le roman d’Isabelle Condou est une femme, une prisonnière, celle qui va donner naissance à l’enfant tant attendue, celle qui va hanter les pensées de Violetta, bourgeoise gâtée à qui rien ne doit manquer, surtout pas la possibilité d’être mère, au risque de s’arranger avec une conscience de toutes manières versatile.

Mais reprenons le fil du récit là où il commence…

Nous sommes en Argentine, en 1996, deux femmes préparent une fête. Elles attendent toutes les deux une jeune-fille, la même. Celle-ci va avoir 18 ans. Pour l’une, Violetta, la jeune-fille se nomme Malvina, elle est l’enfant qu’elle s’est appropriée, qu’elle a volée à cette femme, La Perrita , allongée sur son lit d’hôpital, le visage boursouflé de coups et d’ecchymoses. Pour la seconde, Ernestina, cette enfant est Rose, la petite-fille dont elle n’espérait plus l’existence, née de son fils disparu, enlevé, séquestré, tué, et d’une belle-fille au regard si bleu, si pénétrant, si doux, qu’elle ne verra plus jamais, elle non plus. Les deux femmes, au fil de leur préparations, se remémorent leur jeunesse, leurs attentes, leurs désillusions, leurs drames. Tout les oppose. Seule une enfant perdue dans son histoire réunit ces deux univers, symbolisant chacun une Argentine coupée en deux, blessée, malmenée par son passé.

Je suis tombée en amour avec l’écriture d’Isabelle Condou bien avant d’ouvrir ce livre-ci. Tout a commencé en 2007, je me souviens, avec la découverte de son roman la Solitude de l’aube (2006)  où la singularité de son style, sa voix particulière, le talent avec lequel elle semblait construire un univers, se l’approprier, le rendre  réel m’a frappé. J’ai continué mon parcours avec la lecture de Il était disparu (2004),  roman qui m’a également beaucoup plu. Chez Isabelle Condou, il est beaucoup question de disparition, d’attente, d’amour, de groupe, de fêlures et de distances, d’Histoire. La Perrita ne déroge pas à la règle, et ce n’était pas pour me déplaire. Malgré quelques difficultés, dans les première pages, à appréhender d’emblée les personnages – on passe d’une maison à une autre, d’une histoire à une autre –, je me suis glissée avec plaisir, et très rapidement, dans un univers argentin qui nous devient très vite familier, proche, sensible. Isabelle Condou a en effet, cette capacité fine de partir du corps, de la terre, des gestes quotidiens, des salissures et des faiblesses, pour nous raconter des histoires où l’amour règne, mais aussi la beauté, la grâce et l’héroïsme. Elle interroge par la même occasion nos propres faiblesses, nos incertitudes, nos manquements. Voilà donc encore un grand roman d’une auteure qu’il me semble urgent de lire, et de découvrir bien plus largement ! On aime ici Ernestina, Juan, Elena, et tous les personnages fêlés qui hantent le roman, et on voudrait avoir ce pouvoir-là de lecteur de préserver ce qui peut l’être, de les serrer –rien qu’une fois – dans nos bras. Un très beau moment de lecture.

« Rangés dans un placard, il y avait aussi les cadeaux de Noël que Juan et Elena n’avaient jamais ouverts. Et puis au fond d’un tiroir, le plus bas du buffet, se cachait le disque d’une berceuse de grand-mère qu’Ernestina s’était promis d’écouter au repas de baptême, et rien qu’à passer devant le buffet, maintenant, quelque chose à son oreille grinçait. Partout dans l’appartement elle se heurtait au souvenir d’un avenir qui n’avait pas eu lieu. Le vide tenait tant de place qu’elle pouvait le toucher, où qu’elle posât les yeux. Elle le sentait sur sa peau, dans ses oreilles et jusqu’au-dedans de la bouche, que ça ressemblait aux prémices d’un amour à naître. Ni les curés, ni les sorcières ne mentent, il y a bien une vie après la vie puisque l’absence prend corps dans la maison, comme un ventre qui gonfle et que l’on caresse, et qui donne l’envie de s’asseoir à attendre, sa propre mort, sans doute. Mais quelque chose lui interdisait de s’asseoir. Un fol espoir. Celui que peut-être l’avenir n’était pas tout à fait mort, que l’on y attendait son petit-enfant. De cet espoir, elle ne démordait pas. » (Un extrait)

Chronique de la rentrée littéraire septembre 2009 rédigée par Antigone qui rédige le blog éponyme.

Quatrième de couverture :

Un dimanche de mars 1996, en Argentine, deux femmes que tout oppose se remémorent le fil de leur destin tandis qu’elles préparent, chacune de leur côté, une fête d’anniversaire.
Ernestina est une provinciale, retraitée, dont le fils a disparu pendant la dictature. Violetta est une bourgeoise d’une quarantaine d’années, mariée à un militaire. Rien ne rapproche ces deux femmes sinon la jeune fille qu’elles attendent désespérément pour souffler avec elle ses 18 bougies. Pour Ernestina, il s’agit de Rosa, la petite-fille qu’elle a tant cherchée. Pour Violetta, il s’agit de Malvina, l’enfant qu’elle s’est appropriée.
Une enfant, deux prénoms: les deux versants d’une seule histoire, la fêlure d’un pays.

Mémoires de Marc-Antoine Muret de Gérard Oberlé Chronique N°1

Mémoires de Marc-Antoine Muret de Gérard Oberlé, Grasset

Cette balade dans la vie de Marc Antoine Muret est belle et réussie. L’histoire de cet érudit, de cet esprit, enfant de la  Province qui arrive à Paris,  puis banni, qui se réfugie en Italie a une force simple et réelle. Avec une trame toujours d’actualités sur les libertés :  pensée, sexuelle… ( il y a dans chaque chapitre des thèmes qu’ils ne seraient pas déplacés de mettre à la une aujourd’hui – un exemple ) et même si la description des soirées arrosées est parfois répétitive, Gérard Oberlé par légères touches nous fait redécouvrir une époque passionnante au travers de son personnage attachant & cultivé. De légères touches qui rappellent le poids de l’église, la naissance d’une nouvelle pensée, les mœurs et habitudes des rois de France, les enseignements de Rome. Il y a d’ailleurs l’envie à la fin de la lecture de ce livre de poursuivre le voyage dans le temps avec, par exemple, un des ouvrages de référence cité par l’auteur. Mais pour les livres cités qui datent du début du 19ième siècle, une question se pose : où les trouver, où les consulter ? une question qui me permet de remercier Gérard Oberlé de la disponibilité de son livre aujourd’hui !

En résumé, la promenade est fort agréable, la lecteur douce comme du miel, distrayante et instructive. Le plaisir de lire Gérard Oberlé est toujours aussi grand !

Chronique de la rentrée littéraire Septembre 2009 rédigée par Danièle Anclin

DG IE-Club

Présidente Réseau ESSEC au féminin

Quatrieme de couverture :

Gérard Oberlé est l’auteur chez Grasset de Retour à Zornhof (Prix Découvertes Le Figaro Magazine, Prix des Deux magots, 2004), Itinéraire spiritueux (Prix Mac Orlan, Prix Edmond de Rotschild, Prix Rabelais, 2006) et d’un recueil de chroniques musicales (La vie est ainsi fête, 2007). Expert en livres anciens, il est aussi chroniqueur à Lire.

«Les esprits sérieux penseront que pareilles fantaisies ne méritent pas d’être rapportées par écrit. Je leur répondrai que mon récit n’est rien d’autre que bavarderie et digressions, autrement dit vagabondages de geai ou de pie sur les sentiers d’à côté. Quand mon héritier flânera dans vingt ou trente ans dans ces cahiers, il feuillettera ses souvenirs d’enfant et se souviendra de moi en souriant».
Marc-Antoine Muret a vécu «deux vies de même durée, mais fort dissemblables, car la seconde fut comme l’antithèse de la première». Humaniste, professeur, maître de Montaigne et orateur des Papes, il fut aussi hédoniste, poète, grand amateur des plaisirs charnels – ripaille et lupanar. Muret raconte son amour pour toutes les nourritures terrestres, évoque l’esprit de la Renaissance, ses amis de la Pléiade, les réjouissances inspirées de l’Antiquité. Il rencontre, au gré de son errance, une foule bigarrée de personnages hauts en couleurs, gentilshommes et canailles, femmes savantes et courtisans. Dans ce siècle baroque (XVIème siècle), l’Europe renaît! Mais l’Europe vit aussi avec ses vieux démons, la morale exigeante et les guerres de religion. Marc-Antoine Muret traverse le meilleur comme le pire, mais reste toujours fidèle à ses principes: «Le plaisir était mon idéal, jouir était ma loi».
Entre élégance du style et jargon coquillard, bacchanales et rites phalliques, la liberté grivoise et l’érudition vive, jamais pédante, de ces mémoires sont contagieuses. Un roman admirable, plus moderne qu’il n’y paraît: la passion amoureuse d’un homme pour un autre, chassé de Toulouse, condamné au bûcher, forcé de fuir Paris pour Rome.

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