Prix du web

Entretien avec Marius Popescu pour les Couleurs de l’hirondelle

Entretien avec Marius Popescu pour les Couleurs de l’hirondelle

Les couleurs de l’hirondelle de Marius Daniel Popescu nous ont enchantés par leur voix originale et originelle, par leur réflexion sur l’intégration concrète, détaillée et sublimée, par leur langue précise, obsessionnelle et tendre.

Marius Daniel Popescu, roumain d’origine et suisse d’adoption, écrit des romans français. Lauréat du Grand Prix Littéraire du Web, il a accepté avec beaucoup de gentillesse et d’humilité de répondre à nos questions. Avec la joie de celui qui suit son propre chemin, il nous remercie de le partager.

 

Le deuil est-il un point de départ?

Oui et non! Le livre Les Couleurs de l’hirondelle est la suite de La Symphonie du loup; je garde les mêmes personnages et j’ajoute de nouveaux « destins » présentés plus ou moins brièvement; la mort du père ouvre La Symphonie du loup, la mort de la mère « commence » Les Couleurs de l’hirondelle; le deuil est présent dans les deux livres, le deuil « de l’instant » est présent sans arrêt, le deuil d’une personne chère de la famille est un « départ » fort dans l’histoire qui suit à la fois des êtres et leur habitat: quartier, appartement, pays.

 

Est-ce le diable ou Dieu qui se cache dans les détails que vous aimez transcrire?

C’est le lecteur qui décide! je ne pense pas au diable et ni à Dieu, quand j’utilise la description, je veux seulement être fidèle à la réalité qui nous entoure, qui entoure mes personnages. Je veux « faire sentir », « faire voir », « faire vibrer » le lecteur! C’est toujours le lecteur qui décide si le diable ou Dieu sont présents!

 

Est-ce que le détail de la vie, de la minutie de son récit constitue le seul moyen de donner à voir des mots conceptuels tels que Bonheur ou Tristesse? Le mot précis existe-t-il vraiment pour vous?

Non, le détail et la minutie de son récit ne constitue pas le seul moyen de faire « voir » les sens des mots comme Bonheur ou Tristesse! Chaque écrivain a ses moyens, plus ou moins inédits, plus ou moins originaux. Chez moi, il y a des descriptions qui « valsent » entre Bonheur et Tristesse, entre Joie et Absurde. Et le mot précis, il n’existe jamais, chaque mot est une « relativité »!

 

On pourrait considérer votre phrase comme répétitive ou ressassante, comme Péguy, comment construisez vous votre voix?

La répétition est une sorte d’incantation, les mots sont les mêmes ou presque les mêmes, mais ils disent autrement et autre chose par rapport aux sens qu’ils sont censés de transmettre.

 

Vous laissez la place au lecteur de travailler, de se faire traverser par le livre. Envisagez-vous le lecteur comme une voix supplémentaire dans le livre?

Oui, bien sûr, le lecteur est une voix unique, chaque lecteur est une voix unique et cette voix se plaque sur la « partition » que je lui propose. J’impose un « style dans le dire » et chaque lecteur invente sa voix, sa lecture, son ton et son sens!

 

Vous semblez vous interroger sur la vérité des mots. Quelle est votre vérité sur vos mots?

Mes mots, tous les mots ne devraient pas exister!

 

Plier le concret à l’imagination du mot juste: est-ce une bonne définition de votre écriture?

Le concret nous échappe sans arrêt, les mots lui courent après…

Je m’approche le plus possible de chaque élément qui nous entoure, je sors en évidence ce que certains ignorent…

Je sacralise « le banal »…

Avez-vous l’impression d’offrir une voix nouvelle, un nouveau style à la littérature contemporaine?

Je n’offre pas une voix nouvelle, je crée, je travaille, je « rédige », j’invente des phrases, un style qui évite le plus possible de « réinventer la roue ». L’originalité est un critère très important dans l’art, dans la littérature, cette originalité passe aussi par la « manière de dire », de faire du « conte »!

 

D’ailleurs, que pensez-vous d’elle, de la littérature contemporaine?

La littérature contemporaine est à la fois « vieille » et « jeune innocente », il y a la littérature de « consommation » et celle dont il sort, de temps en temps, de belles et bonnes surprises artistiques; malgré tout, cette littérature contemporaine ne réussit pas à rivaliser avec ce qu’on attend d’elle, elle ne réussit pas à parler de la complexité du monde actuel.

 

Comment faire la différence entre une parole banale et une parole significative?

Chaque parole est à la fois banale et significative! La différence se fait à travers nos jugements de valeurs, nos éducations, nos attentes, nos désirs.

 

Les mots sont ils toujours signifiants pour vous? Quel est le sacré du mot de nos jours?

Oui, les mots sont toujours signifiants pour moi, j’ai fait le choix de m’éloigner de leur non-sens, de leur absurde, je leur cherche la vibration qui donne un sens dans la vie, avec la vie. Le sacré du mot, de nos jours, c’est le fait que le mot est plus humble que nous, ceux de cette époque, ceux de cette actualité!

 

Quelle différence faite vous entre votre écriture en roumain et celle en français?

Depuis plusieurs années j’écris seulement en français, il n’y a pas de différence à faire, je suis devenu un écrivain de langue française!

 

Vous avez écrit: « Je parle de vous/et/vous parlez de moi,/sans qu’on se demande la permission/, on est de drôles/de machines à écrire. » De quoi je parle en lisant Les couleurs de l’hirondelle?

En lisant Les Couleurs de l’hirondelle, vous parlez de vous même en vous « soumettant » aux « règles » du livre, vous vous racontez au « micro » de mon histoire, vous parlez toujours de vous même, avec l’aide de ce miroir qu’est le livre!

 

Peut-on voir dans le récit de la mort de votre mère et celui de la naissance de votre fille, une métaphore de la renaissance après l’exil et l’adoption d’une autre langue et culture?

Je suis un exilé amoureux, j’ai quitté le pays de là-bas pour une femme du pays d’ici! Il y a une renaissance perpétuelle, elle est aussi liée à la mort et à la naissance, en même temps elle est dans l’exil de chacun, sans quitter son village, sa ville, son pays et/ou sa langue maternelle.

 

Vous avez choisi de déconstruire le roman autobiographique. Pourquoi?

La déconstruction de ce que certains appellent mon « roman autobiographique » résulte surtout de la structure du livre, de la « composition » de ce livre: il y a des parties courtes et des parties longues, il y a une sorte « d’anormalité » du détail de la vie de chaque jour, ma vie, votre vie, la vie de n’importe qui!

 

Comment définiriez-vous votre écriture? postmoderne? déconstruite? et que pensez-vous d’un point de vous formel des productions littéraires francophones actuelles?

Je ne veux pas définir mon écriture, c’est le travail des lecteurs de toutes sortes! Je ne peux pas me prononcer sur les productions littéraires francophones et actuelles, je lis beaucoup moins que vous!

 

Comment faire passer le charnel dans une écriture très objective?

L’écriture peut ou doit paraître objective mais elle n’est jamais objective! Le charnel est sous ce voile « d’objectivité », le charnel se sent à travers toutes les matières, à travers tous les mots.

 

Quelle est la place du dialogue pour vous?

Le dialogue « classique » ne m’intéresse pas, je fréquente un « dialogue par les cinq sens » tout d’abord! Chaque narrateur peut être n’importe qui! Chaque lecteur est un narrateur du livre!

 

Votre roman est un formidable plaidoyer pour l’intégration. Pouvez-vous nous parler de votre adoption de la langue et de la culture francophone? Qu’est ce que l’intégration pour vous?

J’ai « atterri » dans la langue française de Lausanne, de la Suisse romande, je suis tombé dans cette marmite française et francophone et je n’arrête pas de me nourrir, de nager et de plonger dans cette francophonie! L’intégration, c’est d’apprendre à aimer TOUT! L’intégration, c’est d’apprendre à tout comprendre! Et respecter TOUT!

 

 

Propos recueillis par Abeline Majorel

 

Et les lauréats du Grand Prix Littéraire du Web 2012 sont :

Et les lauréats du Grand Prix Littéraire du Web 2012 sont :

Les Lauréats du Grand Prix Littéraire du Web ont été récompensés hier, lundi 12 mars, dans les cantines de 5 villes de France : Paris, Nantes, Rennes, Toulon, Toulouse.

 

Et les lauréats sont :

 

Nous remercions nos partenaires principaux que sont les bloggeurs participants à Chroniquesdelarentréelittéraire avec toujours plus d’enthousiasme, de compétence et de passion.

Nous remercions aussi les internautes qui chaque jour, votent pour les romans qu’ils veulent voir reconnus. Merci de votre fidélité.

Nous remercions aussi nos partenaires que sont : Silicon Sentier, Orange la communauté du livre et l’Artesi. 

Nous vous convions d’ores et déjà à la prochaine saison de Chroniquesdelarentréelittéraire pour découvrir ensemble de nouveaux auteurs, de nouvelles narrations et partager ensemble cette ancienne passion qu’est la lecture.

 

Et les nommés du Grand Prix Littéraire du Web 2012 sont :

Et les nommés du Grand Prix Littéraire du Web 2012 sont :

Grâce à votre lecture et aux votes de tous les internautes, cette saison aura été riche en rebondissements.

Vous avez donc décidé du palmarès de sélection du Grand Prix Littéraire du Web 2012, de 15 livres , 5 par catégories  ( premier roman, roman étranger et roman français ) qui seront lus par notre jury, composé de participants à Chroniques de la rentrée littéraire.

Nous vous invitons donc à la remise du Grand Prix Littéraire du Web 2012, en partenariat avec la communauté du livre Orange, le lundi 12 mars à parti de 20h.
Vous pourrez donc venir partager vos lectures et un verre ( au moins ) avec nous à Paris, Nantes, Rennes, Toulon, et Toulouse.

Rendez vous selon votre ville dès 20h aux adresses suivantes :

-Paris : La Cantine 151 rue Montmartre, 12 galerie Montmartre dans le 2° ( ici  )

– Nantes : 11 impasse Juton, chaussée de la Madeleine ( ici )

– Rennes : 46 boulevard Magenta ( ici )

-Toulon : maison des technologies, place Georges Pompidou ( ici )

– Toulouse : 27 boulevard Matabiau ( ici )

Et les nommés sont :

Catégorie Premier roman

Jeanne et Marguerite de Valérie Perronnet chez Calmann Lévy

Va et dis le aux chiens d’Isabelle Coudrier  chez Fayard

Léna de Virginie Deloffre chez Albin Michel 

Mimi de Sébastien Marnier chez Fayard

La maison MatchaÏev de Stanislas Wails chez Serge Safran éditeur 

Catégorie Roman Français

Les couleurs de l’hirondelle de Marius Popescu chez José Corti 

La liste de mes envies de Grégoire Delacourt chez Lattès

Le premier été d’ Anne Percin chez La Brune

Le bon, la brute, etc … d’Estelle Nollet chez Albin 

L’ampleur du saccage de Kaoutar Harchi chez Actes Sud 

Catégorie Roman Etranger

L’appât de José Carlos Somoza chez Actes Sud

Héritage de Nicolas Shakespeare chez Grasset

Galveston de Pizzolatto chez Belfond

L’histoire de l’histoire d’ Ida Hattemer Higgins chez Flammarion ( HC) *

Les toutes premières choses d’Hubert Klimko chez Belfond 

 

Nous vous attendons nombreux le 12 mars pour partager avec nous, discuter , se rencontrer , croiser des auteurs, et finalement aimer les livres tous ensemble , dans une bonne ambiance. 

 

 

 

* le jury n’a pour l instant pas pu lire Ida Hattemer-Higgins pour cause de non-réception des exemplaires dans les délais.

 

 

Le Grand Prix Littéraire du Web 2011: comment ça marche ?

Le Grand Prix Littéraire du Web 2011: comment ça marche ?

Le Grand Prix Littéraire du Web vous intéresse ? La marche à suivre c’est ici ! 

 

 

 

Comme chaque année, nous organisons à partir du site Chroniquesdelarentréelittéraire le Grand Prix Littéraire du Web qui est fier de mettre à l’honneur des auteurs qui ont plu avant tout aux lecteurs. Notre palmarès des précédentes années est pour nous source de fierté. Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour participer au Grand Prix Littéraire du Web

Voter pour un livre.

Un homme, un vote. Vous pouvez voter pour le ou les livres qui vous semblent le plus remarquable ou que vous aimeriez conseiller. Pour cela, il vous suffit de cliquer sur voter dans la colonne de gauche de chaque article. Etonnez nous par vos sélections et parlez en autour de vous pour promouvoir l’auteur de votre choix.

A voté ! et après ? 

Vous avez voté pour un ouvrage. Votre vote est immédiatement pris en compte. Mais ne vous arrêtez pas en si bon chemin, pensez à l’auteur que vous voulez promouvoir, recommandez, twittez, facebookez, faites en sorte que le roman de votre choix soit plébiscité.

Et une fois sélectionné ? 

Les votes sont comptabilisés jusqu’à mi-octobre. La liste des sélectionnés est ensuite publiée et les ouvrages soumis à la lecture d’un jury de 10 participants au site. De leur choix final est tiré le palmarès du Grand Prix Littéraire du Web .

Tous à  vos souris ! Votez pour ceux que vous aimez !

 

 

 

Interview de François Marchand, prix du roman francais pour Plan social

plan socialInterview de François Marchand, prix du roman francais pour Plan social chez Cherche Midi.

Plan social c’est Molex et autres entreprises. Un mot à la mode, avec des conséquences tragiques pour beaucoup. Francois Marchand poursuivant la veine sociale et drole de son premier roman invente ici un nouveau type de plan social, efficace, égalitaire, hasardeux un peu et surtout désespérément criminel. Nous l’avons rencontré pour vous.

Puis je recueillir votre réaction à l’obtention de ce prix ?

Une grande surprise car mes romans n’ont normalement aucune chance de satisfaire une majorité quelconque. Ça me rappelle une phrase d’Iegor Gran :  « en France, il n’est de bon écrivain que de sérieux écrivain, à la narration posée, rassurante, subjonctive. Si un roman fait rire, c’est de la mauvaise littérature. ». C’est vraiment très juste. Je ne comprends donc pas le vote du jury, que pourtant je n’ai pas corrompu : peut-être est-il possible quand même de l’invalider avant la remise du prix ?

Depuis votre premier roman, vous travaillez sur un quotidien social absurde comme terreau de votre narration. Pourquoi ce choix ?

Parce que le monde qui nous entoure est absurde. Plus précisément, il est idiot et très satisfait de lui-même. Le boulanger à côté de chez moi a baptisé sa baguette à son nom, comme s’il allait laisser une trace dans l’Histoire. Au moins l’a-t-il fait lui-même, son pain. Mais que dire de ce relieur qui a laissé lui aussi son nom en énorme sur le magnifique roman de Jacques Laurent que j’ai eu la faiblesse de lui confier ? Il n’a pas écrit le roman, pourquoi le défigure-t-il ainsi ? Voilà, c’est ça, notre monde : le nom de Jacques Laurent est écrit en plus petit, sur son propre livre, que le type qui a simplement raccommodé l’ouvrage. Je me demande si la disparition du catholicisme ne joue pas un rôle dans cette disparition conjointe de toute forme d’humilité.

Votre livre « Plan Social » plutôt fable ou plutôt réalité ?

Les deux. Le récit relève en effet de la fable, ou de la farce d’ailleurs, avec tous ces gens qui crèvent comme dans un western de Sergio Leone. Mais tout est réaliste et vraisemblable.

Pourquoi la légionellose ? Quelle place laissez vous au hasard dans cet absurde que l’on ressent dans la narration ?

Cette idée m’est venue pendant une conversation avec un ami chauffagiste. Il m’a semblé que ce serait une bonne idée pour exterminer une partie aléatoire d’une population donnée, ce que désire forcément un patron à un moment donné de sa carrière. Le patron en question ne laisse pas grand-chose au hasard, mis à part la liste nominative des victimes.

Cette fois le narrateur est un point de vue omniscient. Avez-vous eu peur que l’on vous prête les idées de vos protagonistes ?

Non, car je suis bien pire à l’oral.

Rassurez nous, votre quotidien professionnel ne ressemble pas à cela ?

Non, j’évite de toute façon désormais tout lien entre ce que j’écris et mon activité professionnelle. C’est beaucoup mieux comme ça. Et donc, non, je ne travaille pas dans une usine nordiste d’ancres de marine !

Finalement vos personnages sont assez sympathiques dans leur horreurs et leurs erreurs. L’avez-vous voulu ainsi ?

Oui. Le patron de droite et le syndicaliste CGT sont des personnages qui me sont très sympathiques, en tout cas. Ce sont des êtres réels, qui ne se paient pas de mots. Il y a d’ailleurs des ressemblances psychologiques entre un patron catholique et un ouvrier communiste, et d’ailleurs entre l’Eglise et le Parti de jadis, mais cela mériterait des développements qui dépasseraient le cadre de cet entretien. Et il faut du Cognac, aussi.

Votre syndicaliste et son patron se rejoignent dans le crime. Est-ce votre vision de l’échiquier politique ?

Non, ce n’était pas mon idée principale. Le patron n’a pas le choix. Soit il joue le jeu institutionnel et légal, et il crève, parce que ce jeu est absurde. Soit il joue sa propre partition. Mais son but est honorable : il veut sauver son usine et continuer à être utile à quelque chose. C’est la même chose avec le CGT.

Ce n’est pas trop dur pour un romancier de faire un roman drôle pour une rentrée littéraire ?

C’est plutôt faire un roman pas drôle qui me serait difficile. Mais des romans pas drôles, en France, ce n’est pas comme le carburant : il n’y a pas grève des producteurs, ni des distributeurs et donc pas de pénurie non plus.

Et votre prochain roman, quel en est le sujet ?

Je suis en train de finir l’histoire d’un type qui fait la connaissance de sa belle-famille. Il y a, hélas, des cadavres (je m’ennuie très vite sinon). Pour l’éditeur, j’hésite entre Gallimard, Grasset et Seuil. Peut-être Gallimard quand même. J’aime bien l’immuable couverture de la collection NRF : ça fait un peu penser à ces visites rendues à des arrière-arrière-grandes tantes qui n’ont jamais quitté Saint Flour. Rien ne bouge, rien n’a jamais bougé, à part le balancier de la pendule près de l’escalier. On s’y ennuie doucement et on attend le moment de prendre congé.

Retrouvez la chronique de son roman ici

Interview réalisée par Abeline Majorel


Interview de Christophe Ghislain, prix du premier roman avec La colère du Rhinocéros

la-colere-du-rhinocerosInterview de Christophe Ghislain, prix du premier roman avec La colère du Rhinocéros chez Belfond.

Premier roman d’un belge cinéaste, La colère du Rhinocéros est un road-movie dans des champs de betteraves, un Don Quichotte de Knock Le Zout. En Belgique le ciel est peut être pas bas, mais les idées volent haut. Nous avons interviewé Christophe Ghislain tout en humilité, mystère et humour… comme son rhinocéros.

Tout d’abord, puis je recueillir votre réaction à l’obtention du Prix du meilleur premier roman du Grand Prix Littéraire du Web ?

Je suis flatté, et très heureux. Sincèrement. Et je remercie ceux qui ont lu et aimé mon roman. Les prix, c’est très bien. Mais rien ne vaut le plaisir de se savoir lu et apprécié.

Un premier roman a souvent une forte part autobiographique, quel est la votre dans celui ci ?

La relation au père ? L’écriture d’un road movie, et le cinéma ? ou l’absurde d’un rhinocéros ?

Oui, il paraît, avec un premier roman, on parle souvent de soi. Mais j’ai écrit… un roman ! Pas les mémoires d’un jeune trentenaire belge amoureux de champs de betteraves. Quant à la part de vrai dans la fiction, n’étant pas encore poursuivi par les photographes de Voici, je me permettrai de la garder pour moi – avec tout le respect que je dois à mes quelques lecteurs.

D’ailleurs pourquoi ce choix d’un rhinocéros ? Est-ce une référence à Ionesco ?

Non. Pas de référence, même si bien sûr je connaissais l’ouvrage de ce monsieur.

Le rhinocéros ne fut pas un choix. La scène de l’accident avec la bête fut la toute première à m’être venue à l’esprit. Elle s’est imposée à moi. Le reste est né à partir d’elle. Au fil du temps, l’animal a trouvé son rôle. Et son sens.

N’avez vous pas eu peur de perdre le lecteur en superposant différentes voix ?

Si, bien sûr. Au début, lors de l’écriture, je n’avais même pas inscrit les noms des différents narrateurs au début de chaque chapitre. Imaginez le foutoir ! Par après, je les ai notés. En fait, je crois que je ne me suis pas vraiment posé la question, au début. C’est venu plus tard. Quand j’ai eu les retours de mon entourage, des deux ou trois personnes auxquelles j’avais confié mon manuscrit, histoire de savoir si ça ressemblait à de la littérature, ou plutôt à une liste de courses.

Votre écriture est très rapide, rythmée. Les personnages sont incarnés avec leur propre langue. Le chapitrage est très court et très visuel. Est ce que votre écriture cinéma a influencé votre écriture roman ? Est ce que vous avez pensé en faire un film ?

Oui, inévitablement, mon parcours et mon amour du cinéma ont eu de l’influence. Sur ma façon d’aborder le travail proprement dit. La conception, la préparation du roman. Mais aussi et surtout sur le style, visuel. Le cinéma, à mes yeux, est longtemps resté l’outil narratif ultime. Un plan, trois secondes, une gueule burinée planquée sous un Stetson sur fond de désert poussiéreux, et c’est déjà toute une histoire. Une histoire inscrite à grands coups de décennies sur les rides du bonhomme. Et ça, ça ne se ressent jamais mieux que dans le noir, avec ce visage qui respire, transpire, vit devant vous. C’est ce que j’ai pensé pendant longtemps. Puis je me suis rendu compte qu’il y avait moyen de mettre des phrases. Que la richesse d’un plan pouvait se trouver dans un mot. Pourtant, en commençant le Rhino, j’étais sûr d’une chose : pas question de me lancer dans d’interminables descriptions psychologiques. Planter la « caméra » – ou plutôt le stylo – et observer les personnages. Voilà ce que je m’efforce de faire. Faites une description psychologique et vous aurez… une description psychologique. Observer et vous aurez une image forte. Et si vous avez plus ou moins bien fait votre boulot, le lecteur lira entre les lignes, comprendra ce que vit le personnage, ce qu’il ressent, au-delà de sa peau, de son geste, de sa parole.

Pour le reste, non, je n’ai pas écrit ce texte pour en faire un film. Mais oui, si un jour l’occasion se présente, ou plutôt si l’envie me vient, pourquoi pas. (Si quelqu’un est intéressé, filez-lui mes coordonnées !)

La belgitude dont les français se délectent est ce cet esprit d’humour absurde, de l’amour de déshabiller des petites gens si l’on peut dire avec compassion et dans leur langue, cette capacité à mixer les univers comme le road movie proche du western avec les plages de Knock Le zout?

Un peu de tout ça, j’imagine. Et les moules-frites, bien entendu.

Le phare du père, le nom Gibraltar pour le fils, n’est ce pas un côté Don Quichotte du Nord ?

Complètement ! Don Quichotte est un point de référence dans à peu près tout ce que je fais. En créant ce personnage, Cervantès a eu un immense coup de génie. C’est un ouvrage magnifique, et un personnage incroyable. Un grand rêveur perdu. Même conscient de sa folie, il persiste… Je ne sais pas. A croire que cette folie vaut mieux que « d’accepter la vie comme une approximation brutale », vous dirait Jim Harrison.

Ce road movie traversant une terre, est ce que l’on peut y voir une vision politique du nomadisme, de l’appartenance à un pays et du départ de sa terre ?

En ce qui me concerne, je n’ai pas pris la plume pour faire de la politique. Pas parce que je ne me sens pas concerné, ou quoi que ce soit dans ce genre-là. Simplement parce que je n’en ai pas envie.

D’un autre côté, si les lecteurs veulent voir dans le Rhino telle ou telle chose, je laisse faire. A chacun sa sensibilité. Donc son interprétation. Tant qu’ils savent faire la part des choses, se rendre compte que leurs points de vue n’engagent qu’eux et qu’on ne m’associe pas à je ne sais quel groupuscule de fêlés – genre club des gobeurs de poulpes ou amicale du KKK – ça me va. (Oups ! Là pour le coup je viens d’en faire, de la politique.)

Cette langue truculente qui est celle de vos personnages, elle est la votre ? A qui pourriez-vous vous comparer ? Qui nommeriez vous comme vos chers aïeux ?

A la première question, je réponds : ça dépend.

A la seconde : dans le roman, Gibraltar est celui qui me ressemble le plus.

A la troisième : enfant, il y avait les nouvelles de Kipling. Je me souviens de Jonathan Livingston le goéland, de Bach. Probablement le premier ouvrage que j’aie lu seul, comme un grand, vers… huit ou neuf ans ? Dix ? Je ne sais plus. Plus tard, il y a eu John Irving et sonMonde selon Garp. Ensuite, d’autres ont pris le relais : McCarthy, Harrison, Steinbeck, Bukowski, Dickens, Easton Ellis, Garcia Marquez, McCann, Cervantès, Rimbaud, Vian, Salinger, Capote, Baricco, Fante, Süskind et j’en oublie…

Quelle impression voudriez-vous avoir laissée aux lecteurs ?

Question compliquée.

Quelle est votre prochaine œuvre ? Film ou roman ?

Je remets le couvert, j’en ai bien peur. Deuxième roman en préparation.

Retrouvez la chronique de son roman ici

Interview réalisée par Abeline Majorel

Kathryn Stockett, prix du roman étranger avec La couleur des sentiments

la-couleur-des-sentimentsKathryn Stockett, prix du roman étranger avec “La couleur des sentiments” chez Jacqueline Chambon éditeur. Traduction : Pierre Girard

Kathryn Stockett  est une charmante blonde de 40 ans, originaire du sud des Etats Unis, travaillant dans un magazine à New York. En 2009, elle réussit enfin à faire publier son premier roman «  The Help «  (titre original). Depuis, elle court de ville en ville pour répondre à ses lecteurs qui ont récompensé ses efforts en achetant par million son roman. De l’Indiana où elle se trouvait, Kathryn Stockett a répondu à nos questions et donné sa réaction à l’obtention de notre prix.

Kathryn Stockett, bonjour, Tout d’abord pourriez vous nous donner votre réaction à  l’obtention du Prix du Roman étranger du Grand Prix Littéraire du web ?

Bonjour et bonjour à tous mes lecteurs français. Je suis très honorée d’avoir été primée par des lecteurs français, et surtout d’avoir été lue. Je ne pensais pas que ma petite histoire sur un petit lieu que personne ne connait intéresserait des gens aussi différents. Je vous remercie donc d’avoir lu ‘ la couleur des sentiments ‘ .  Je suis profondément surprise et touchée que mon roman ai touché les lecteurs français. J’en suis vraiment très contente.

Qu’avez-vous pensé de la traduction du titre de votre roman ‘la couleur des sentiments ‘ ( le titre original est The Help, le secours ) ?

J’aime beaucoup cette traduction. Je la trouve très métaphorique et beaucoup plus poétique que mon titre original, j’aurai aimé la trouver, et surtout j’aurai aimé rencontrer le traducteur.

A votre avis, pourquoi votre roman touche autant de personnes aussi loin des Etats Unis ? Avez-vous pensé qu’il avait une portée universelle, voire politique ?

Je ne sais pas vraiment.  Ce n’est qu’une histoire sur un petit endroit du monde que personne ne connait. Je voulais juste raconter ce petit coin dont je viens et que je connais bien. Je voulais juste raconter l’histoire, retrouver la voix de femmes que j’ai connu comme ma nourrice.  Je ne suis pas historienne ou anthropologue, je suis juste écrivain. Je suis là pour distraire les gens, leur faire découvrir un endroit qu’ils ne connaissent probablement pas. Je voulais juste faire entendre la voix de ces femmes. Il n’y a pas de politique là dedans : il y a juste la vie.

Pourquoi un premier livre si tardivement dans votre vie ?

Cela m’a pris 5 ans de l’écrire et de le faire éditer. Je travaillais dans un magazine à New York et je n’ai jamais pensé que l’on pouvait gagner sa vie en écrivant. J’aime écrire c’est tout.  Ce n’était pas mon travail principal, c’était avant tout un plaisir. Maintenant je sais qu’on peut en vivre un petit peu (rires). Je travaille sur un deuxième livre, mais cela sera long. En attendant je m’intéresse au film qui sera tiré de ‘la couleur des sentiments’ et qui sortira en 2012. D’autant plus que c’est un de mes proches amis qui le réalise et le produit. J’ai déjà vu des rushs.  Il y aura autant de comédie que de drame à l’intérieur. C’est excitant.

Aux Etats Unis, votre livre a créé une polémique sur l’utilisation d’un dialecte pour vos personnages noirs, alors que vos personnages blancs parlent un anglais parfait. Qu’en pensez-vous ?

En vérité, je m’en fiche.  Plus exactement, c’est le propos même de mon livre : des gens qui ne sont pas d’accord et qui parlent ensemble.  Et puis, je n ai pas l’impression d’avoir trahi les voix que j’ai entendu dans mon enfance. J’ai probablement fait des erreurs certes. Mais je suis heureuse que les gens à travers ce livre discutent de ce qui est encore ici un tabou.  Nous avons honte de ce que nous avons fait dans les années 60. Nous avons alors arrêté d’en parler, cela ne nous a pas empêché de continuer à penser ce que nous voulions. Nous n’en parlions pas. Aussi je suis heureuse de provoquer à nouveau le débat, la discussion sur la race, le racisme.  Mais j’espère que les choses ont changé et continueront à changer.  Et si cela touche un large public, c’est peut être pour cette raison là : les hommes ne sont que des hommes, partout dans le monde.

Quand viendrez-vous en France, rencontrer vos lecteurs ?

Je ne sais pas encore, probablement lors de la sortie du film. Je suis venue en France en mai dernier, à Saint Tropez, j’ai dansé toute la nuit, je me suis tellement amusée. J’aimerai revenir mais mon emploi du temps est chargé. Voyez vous lundi en 8 je serai à Londres et après qui sait ?

Retrouvez la chronique de son roman ici

Interview réalisée par Abeline Majorel

Le message de John Connolly, Grand Prix littéraire du web étranger

Voici le mail que nous a envoyé John Connolly losrqu’il a appris qu’il avait gagné le prix dans la catégorie meilleur roman étranger:

« I am very honoured, and very touched, to receive this award
for The Book of Lost Things.  This odd little book, a novel
about stories and the power they have to shape our
consciousness, to impart knowledge, and to make the travails
of this world both a little more understandable, and a
little more bearable, is very personal to me, and I am very
fond, and very protective, of it.  I have described it as a
book about childhood for adults, although one of the
greatest
pleasures for me, since its publication, has been to see
teenagers approach me holding battered paperback copies to
be signed, and to hear how that this book has made those
awkward, difficult years a little easier to bear in some
small
way.  We read stories for a great many reasons: to be
entertained, to escape from our world into another, to
inhabit entirely the consciousness of another for a brief
time, but I think we also read them to look for signs that
we are not
alone, that our experiences, particularly the difficult
ones, are both specific to us and yet also universal, and so
some consolation and support may be gained from the writings
of another. When that occurs, it is as though the writer
reaches out from the page and gently touches our hand,
whispering to us that we are not alone, that we are
understood, and we may perhaps derive some small solace from
this fact.
But just as we read in the hope of understanding and, in
turn, being understood, so too writers write in the hope of
understanding, and being understood, and every reader who
tells us that a book of ours has meant something to
them is a source of consolation and reassurance.  To receive
a prize like this one, containing within it many such
voices, brings me great pleasure, and makes the job of
writing the book in hand that much easier.  Thank you to you
all.

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