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Chroniques de l’Occident nomade d’Aude Seigne

Chroniques de l’Occident nomade d’Aude Seigne

 » Un  voyage se passe de motifs. Il ne tarde pas à prouver qu’il se suffit à lui-même. On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait ou vous défait. »  dit Nicolas Bouvier dans l’Usage du Monde

Aude Seigne est une voyageuse dans les mots et leur limite. De nationalité suisse, elle est neutre face à l’émerveillement de l’ailleurs. Elle part beaucoup et elle parle peu.

Tout débute lors d’un voyage organisé en Grèce. Elle a 15 ans, elle  » fait des choses insensées » comme boire de l’ouzo, marcher en plein soleil. Elle laisse éclater sa blondeur juvénile dans cet autre monde qui ne lui est pas inconnu. Et là, tout se décide :

 » Quelque chose craque en moi ce jour-là, une paroi se rompt sans crier gare, la possibilité de l’abîme se dévoile en même temps que celle du bonheur absolu. » 

Sous la forme de courts chapitres poétiques, elle dessine son chemin au fur et à mesure des contrées parcourues : de Santorin à Damas, du corps de l’anglais de Cambridge à celui du brésilien Tito. « Le désir d’aller au bout, tout au bout, d’aller le plus au bout que je puisse aller… » la pousse. Elle veut toucher ce paradoxe qu’est l’état nomade. « On ne sait pas très bien pourquoi l’on s’embarque quand on commence à voyager, mais comme dans un roman, tout est déjà là dès l’incipit. »  Dès le début de ces chroniques, l’on sait qu’Aude Seigne est affligée du mal du pays de l’autre plus que du sien, qu’elle est dans une fuite en avant constructive, qu’elle est faite pour continuer à marcher, en avant du monde, seule.

 

Elle marche vers le monde des autres mais elle ne quitte jamais vraiment le sien. Son univers, c’est sa mémoire et son travail. Son esprit est inquiet, apaisé, plein et vide, il embrasse le monde puis le décortique. Ces chroniques sont de même. « C’est cela que je dois faire. Ce n’est pas me forcer à écrire des histoires cohérentes, bouclées, finies, sur des voyages que je ne vois plus de manière isolée. »

Elle ne nous raconte pas ses départs vers chacune des destinations : Cracovie, le Cap Nord en Norvège, Damas … Elle nous fait entrer dans son sac pour LE DEPART, celui qui est l’essence de tous, celui qui est déjà une divagation de l’esprit. Elle épure son temps, va à l’essentiel du voyage : les rues. Celles dont on ne connaitra jamais vraiment la beauté en photo, celles qui vibrent de fantômes les dimanches soir, celles qui sont suffocantes de détails et d’altérité.  Elle nous raconte le monde dans sa discontinuité. Ce monde sur lequel elle ne laisse pas d’empreinte, ne veut pas d’emprise mais qui en a tant sur elle la poussant à toujours marcher sur le fil pour aller au bout.

 

Elle rencontre des hommes, des corps, des rires. Elle est toujours dans le voyage. Mais surtout elle rencontre des textes. Lire en voyageant est une autre manière de lire.  » Ce qui m’écoeure dans la littérature dite nomade d’aujourd’hui : le voile d’émerveillement benêt qu’elle met sur les yeux. »

Au fur et à mesure des chroniques, on perd le sens mais on garde le rythme. On revient à l’essentiel de l’émerveillement, on est éperdu, étymologiquement. On croise Delerm et Dostoievski. Mais surtout Bouvier et  » son insuffisance centrale de l’âme« , ce moteur vers au-delà de ses frontières.

Aude Seigne voudrait réécrire le Dictionnaire des idées reçues » de Flaubert. Elle chroniquera son monde. Pour finir par retrouver les basses rues de Genève, aussi étrangères que celles de ses voyages. Alors, c’est en aimant qu’elle trouvera la réalité de son voyage.

 

Le couple sous le lustre de Thierry Vernet

Nous répondrons à la barbarie par plus de générosité, plus de démocratie, plus d’idéaux.

Nous répondrons à la barbarie par plus de générosité, plus de démocratie, plus d’idéaux.

Aujourd’hui, nous n’avions pas prévu de réouvrir Chroniquesdelarentréelittéraire. Nous devions finir nos travaux. Mais aujourd’hui, nous avons décidé qu’il était important de dire que la liberté d’expression, les valeurs républicaines sont partout, qu’elles doivent se répandre partout. Nous avons choisi de dire que nous admirons le courage de ceux qui ne reculent devant rien pour faire rire, pour dire le monde. Aujourd’hui, nous sommes tous Charlie.

 

Nous vous présenterons plus tard notre nouvelle ligne. Aujourd’hui, nous vous proposons de ne pas faire silence mais au contraire de répandre ce qui terrorise et isole les barbares : la beauté des idées, celles des valeurs républicaines, celle de la liberté d’expression.  Ecrivons tous, diffusons tous, sur un livre, un dessin, une oeuvre qui nous a fait ressentir la beauté de ses idéaux et partageons-le pour que l’ignorance recule. Chacun chez vous, parlez de la liberté, signalez-le nous ( #librelivre ), nous vous republierons et compilerons vos articles.

Nous aurions pu choisir Voltaire, « L’homme qui rit » de Hugo, Stendahl, Diderot, et tant d’autres. Mais, nous avons été touché par le dessin de Louison en hommage à Charlie Hebdo aujourd’hui, et qui reflète bien l’humour que les 12 victimes auraient surement eu :

Aussi, nous avons choisi un livre, qui est aussi un combat pour la liberté d’expression et la liberté de la bite ! Un livre écrit par un homme qui aurait été un ami de Charlie Hebdo, un ami de leurs idées ( probablement était il ami avec Cavanna et d’autres ) et qui a lui aussi mené une lutte pour la liberté d’expression, car c’est un droit qui n’est jamais acquis : Jean- Jacques Pauvert

 

 

Bien sur, Jean-Jacques Pauvert n’a pas eu à subir la barbarie des imbéciles qui tirent aux fusils d’assauts sur des gens qui tiennent un crayon. Bien sur, Jean-Jacques Pauvert était éditeur et n’éditait pas des caricatures sur des prophètes. Mais Jean-Jacques Pauvert s’est battu contre la censure sur des sujets que les libertaires de Charlie Hebdo voulaient voir libre. Jean-jacques Pauvert s’est battu pour la liberté d’éditer sans censure et fait partie de ces héros qui font avancer nos droits. Et le droit de se faire plaisir, Charlie Hebdo l’aurait sans doute classé dans les droits inaliénables, universels.  » Quand je mourrai, je veux être incinéré et tu jetteras mes cendres dans les toilettes, comme ça je pourrai toujours voir ton cul » a dit Wolinsky à sa femme. La liberté de jouir et jouir de sa liberté. En France. Une France alors plus conservatrice, plus religieuse mais qui a avancer.

Dans « la traversée du livre », Jean-Jacques Pauvert nous livre ses mémoires, celle de l’éditeur qui le premier a publié Sade sous le manteau, Histoire d’O de Pauline Réage, de Georges Bataille, mais aussi de Boris Vian.

Pauvert nous parle des petites lâchetés quotidiennes face à des livres qui suscitent des réactions, de l’indignation prude, des débats passionnés. Parce qu’il fut un passionné de la liberté de dire et de jouir. Autodidacte, il était opiniâtre. Bataillant avec la censure, aux côtés de sa liaison Régine Desforges comme auprès de tous ses auteurs, qu’il choisissait avec flair, il était intransigeant avec la liberté. Toutes les libertés. Celles qui demandent d’avoir des couilles.

@lanulle

 

 

 

 

La madone de Notre-Dame d’Alexis Ragougneau

Au lendemain de la procession du quinze août, une jeune fille semble se recueillir dans la cathédrale de Notre-Dame. Bousculée par une touriste, elle s’effondre, morte. Dans la foule, c’est la stupeur mais la première surprise passée, le meurtre est établi et la victime identifiée : elle avait suivi de près le cortège de la veille, scandalisant les fidèles par sa tenue un peu légère. Un jeune homme blond l’en a d’ailleurs violemment chassée à coups de crucifix. Faut-il voir en lui l’assassin ?

Outre les enquêteurs du Quai des Orfèvres fixés sur la piste de ce fidèle, passionné par la Vierge, le père Kern, remplaçant pendant la période d’été, se penche sur le crime, persuadé de l’innocence du jeune homme blond. Poursuivi par ses propres démons, malmené par la maladie des os qui le ronge, parviendra-t-il à faire entendre raison à la jeune procureur Kaufmann et aux policiers qui l’assistent ?

Dans ce roman policier à la trame classique, Alexis Ragougneau plante le décor au cœur de la cathédrale de Notre Dame, véritable fourmilière. Il restitue l’ambiance effrénée qui y règne : touristes, surveillants, prêtres, sacristains, … Tout ce petit monde est en ébullition depuis la macabre découverte, l’atmosphère déjà habituellement agitée est montée d’un cran: figurant parmi les premiers lieux touristiques de France, Notre Dame est, incontestablement, une petite industrie. Plus de cinquante mille visiteurs y passent chaque jour et rien n’y est laissé au hasard. Agent de sécurité ou personnel d’accueil, chacun y a un rôle bien défini à jouer et la mécanique est bien rôdée.

Choisissant de laisser de côté les véritables acteurs sortis du Quai des Orfèvres tout proche, l’auteur place au centre de l’intrigue un enquêteur pour le moins atypique : un aumônier de prison, handicapé par une insidieuse maladie, luttant chaque jour avec son passé.

Elle aussi assez éloignée de nos attentes, la personnalité de la victime occupera une grande place dans cette enquête et sera au cœur des préoccupations du père Kern, devant, pour s’y intéresser, se faire violence.

C’est donc à lui qu’appartiendra de faire toute la lumière sur cette affaire, grâce à l’aide inattendue de marginaux qui voient en la cathédrale un refuge quotidien. Beaucoup d’humanité et d’écoute, loin de l’implacable machine judiciaire, seront nécessaires pour entendre ces laissés-pour-compte.

Ce volet profondément humain et cet enquêteur imparfait sont autant d’atouts à mettre au crédit de ce premier roman : j’y ajouterais le profond réalisme de l’intrigue et le décor grandiose dont la vie est si habilement rendue. Bien sûr, cette histoire pourrait se résumer à un combat du bien contre le mal mais ce serait à mon sens un peu réducteur car l’auteur met en scène ici de grandes qualités qui font de ce roman un excellent polar.

Chronique rédigée par Nahe,

 

 

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