Les furies de Lauren Groff

Ils sont jeunes ils sont beaux, ils s’aiment d’un amour et leur couple va devenir mythique. Lotto aime Mathilde, Mathile aime Lotto. Il est beau, a un charisme de malade, il veut devenir acteur, elle travaille dans une galerie d’art contemporain. Encore un roman new yorkais comme on les aime, glam’ à mort, et précédé de la réputation d’avoir été désigné par Barack Obama comme le meilleur livre de 2016.

Les furies ce n’est pas un mais deux romans, puisque l’histoire est racontée successivement avec deux focales. Dans une première partie, zoom sur le mari. Puis quand la tragédie a eu lieu, zoom sur la vie de la femme. Et la belle histoire du début, la comédie des apparences du couple plus que parfait se craquèle comme un tableau de maître qui aurait été mal conservé.

Si le talent d’un romancier se mesure à sa capacité à charier, malaxer plusieurs matiètres pour en faire une oeuvre singuluière, Lauren Groff est incontestablement bien parti pour occuper une place de choix dans ce monde-là. Le lecteur est ébloui par sa capacité aussi bien à décrire un paysage qu’à raconter une nuit d’amour, à convoquer l’Antiquité pour imaginer les pièces de théâtre par Lotto qu’à ressuciter un roman mélodramatique très dix neuvième siècle dans sa deuxième partie. C’est du grand art. A titre d’exemple, on citera un chapitre de la première partie où pour faire l’ellipse de quelques années, l’auteure fait s’enchaîner des fêtes qui se tiennent dans l’appartement du couple parfait avec une mastreia rare. On la créditera aussi d’un certain lyrisme dans la première partie dont on n’a plus trop l’habitude. Les sentiments sont grands, les ego et les personnages aussi.

Le tour de force du roman intervient dans la seconde partie quand le porjecteur change de personnage. Comme les personnages du roman, on a lu cette histoire parfaite sans trop se poser de question sur Mathilde. Or Mathilde n’est pas la femme que l’on croît et le couple qu’elle forme avec Lotto est un terrible malentendu.

Mais pourquoi l’auteure a-t-elle eu recours à une deuxième partie aussi peu vraissemblable et pour tout dire too much dans le mélodramatique. C’est les deux orphelines à Manhattan avec une histoire acadabrantesque autour de la véritable identité de Mathilde. Comme elle est censée être française, son enfance made in Paris enfile tous les clichés (on ne dira rien ici pour ceux qui liront ce livre). De même, la vengeance ultime et ses multiples fins enchâssés semblent avoir été plus fabriqués pour prouver le brio de l’auteur que pour la nécessité de l’intrigue. On peut porter des robes de soirée en soi et être restée une enfant sauvage violente, injuste et cruelle.

C’est d’autant plus regrettable que Les Furies est un formidable page turner, sensible et fin pour ce qu’il dit du couple, de l’art ou du théâtre.

Chronique de Christophe Bys 

Les Furies 

Lauren Groff 

éditions de l’Olivier 

Traduit par Carine Chichereau

402p