<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	>

<channel>
	<title>Chroniques de la rentrée littéraire &#187; Fayard</title>
	<atom:link href="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/tag/fayard/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com</link>
	<description>Toute la rentrée littéraire enfin chroniquée. Pour chaque roman publié à la rentrée littéraire retrouvez au moins une chronique.</description>
	<lastBuildDate>Sun, 28 Mar 2010 23:11:15 +0000</lastBuildDate>
	<generator>http://wordpress.org/?v=2.8.2</generator>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
			<item>
		<title>Mais le fleuve tuera l&#8217;homme blanc de Patrick Besson</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/10/roman-francais/mais-le-fleuve-tuera-lhomme-blanc-de-patrick-besson</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/10/roman-francais/mais-le-fleuve-tuera-lhomme-blanc-de-patrick-besson#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2009 16:28:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Abeline</dc:creator>
				<category><![CDATA[Romans Français]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
		<category><![CDATA[mais-le-fleuve-tuera-l-homme-blanc]]></category>
		<category><![CDATA[patrick-besson]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=1694</guid>
		<description><![CDATA[Mais le fleuve tuera l&#8217;homme blanc de Patrick Besson aux éditions Fayard
« Mais le fleuve tuera l’homme blanc » est animé du souffle dément de l’instinct de survie : que les personnages en soient les jouets ou au contraire les oubliés. Il exhale des odeurs de sang, tristes et languides, et distille le fatalisme apaisé [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><img class="size-full wp-image-1695 alignleft" style="border: 10px solid white;" title="images-1" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/10/images-1.jpeg" alt="images-1" width="89" height="136" />Mais le fleuve tuera l&#8217;homme blanc de <a href="http://fr.ulike.net/Patrick_Besson" target="_blank">Patrick Besson</a> aux éditions Fayard</h3>
<p>« Mais le fleuve tuera l’homme blanc » est animé du souffle dément de l’instinct de survie : que les personnages en soient les jouets ou au contraire les oubliés. Il exhale des odeurs de sang, tristes et languides, et distille le fatalisme apaisé des martyrs.  Les récits s’enchevêtrent dans cette Afrique si noire qu’elle en devient d’une luminosité blessante. Il est parfois difficile de ne pas plisser les yeux face au meurtre d’un nouveau-né, au sang séché de la main du bourreau qu’une victime doit embrasser. La vérité crue a parfois cet éclat insoutenable.  La violence âpre de ces tribus qui ne reconnaissent pas une nationalité unique et inique qu’ils n’évoquent jamais, l’arrogance des blancs, anciens maîtres devenus colons du pétrole, l’ingérence de pays qui tuent en croyant apaiser : les thèmes de la  grande histoire animent avec cynisme les destins personnels. Les morts, les justifications, les complots se heurtent dans une paranoïa étrangement plaisante.   Les avions, ces sas de compression entre les mondes, représentent les seuls repères spatio-temporels de la semaine. Impassibles mécaniques, elles transportent les personnages vers un destin finalement décidé par le soleil de plomb.</p>
<p>L’Afrique, sa moiteur, ses journées qui négligent avec langueur l’heure et ses diktats, ses bières et ses danses qui procurent l’amnésie, ouatent cette cacophonie de son attrait puissant.  L’Afrique se conduit en sorcière qui fait sienne des hommes au premier regard, mère infanticide qui se donne et se refuse en un ballet aphrodisiaque.  Le sexe, omniprésent, permet de sauver sa peau, de manger, d’exulter, de se venger. L’amour physique parvient à jeter les personnages les uns contre les autres, à mêler leurs chairs tristes.  L’amour sentimental est un luxe, un hasard du ventre, une anomalie que l’on traite comme une maladie exotique.</p>
<p>Patrick Besson prend soin de compliquer la narration. Le lecteur est soumis aux changements de températures, de castes, de monologues, d’hôtels semblables dans des villes différentes. Il passe de la chaleur intolérable des rues,  livrées aux pauvres, à la climatisation glacée des lieux construits par et pour les riches.  Il pénètre les esprits chagrins, embrumés d’alcool et de fatigue, pétris de mensonges devenus vérités.  Il respire l’odeur moite de la jungle, les remugles des rues jonchées de corps suppliciés, et les nuits adultérines. Il remonte le temps, puis l’oublie.</p>
<p>Sans cesse, les récits à la première personne bouleversent la chronologie, la géographie et l’histoire. Dans une logique aussi absurde que la politique d’un pays livré à ses haines séculaires, l’auteur use et abuse de jeux de piste balisés de souvenirs inventés et orientés. Il met son lecteur à l’épreuve, comme s’il voulait que son livre se mérite de haute lutte, de lecture acharnée. Même si quelques passages deviennent ennuyeux à force de prosélytisme, il réussit à envouter, à passionner, à écœurer. Il joue avec les mots, les images, les métaphores et les concepts. Puis les personnages reprennent dans leurs filets le lecteur qui se laisse emporter et duper.  Pour finir, seuls la mort et l’exil (ersatz de la première), feront taire ces conseillers cupides, faux espions, amants menteurs et parents dissimulateurs.</p>
<p>Patrick Besson démonte l’illusion manichéenne, et occidentale, de faute et de justice. Il annihile la possibilité, jamais évoquée, d’une utopique paix africaine. Il accroit la méfiance envers la politique internationale et sa cohorte de mensonges officiels, et de meurtres propres puisque nécessaires.  Il fait aimer et redouter l’Afrique le long de son fleuve puissant et dangereux, qui tue les hommes blancs et forge les âmes noires. Mais il lui refuse toute confiance.</p>
<p>Chronique rédigée par Anne Henzel</p>
<h3>Quatrième de couverture :</h3>
<p>A bord de l&#8217;avion Paris- Brazzaville, Christophe, cadre dans une grande compagnie pétrolière reconnaît une passagère : Blandine de Kergalec, officier de la DGSE ayant quitté le service Action deux décennies plus tôt après un scandale. Passionné d&#8217;espionnage, Christophe la suit dans la capitale congolaise. Il surprend sa rencontre, dans un dancing au bord du fleuve, avec un militaire rwandais. Le jeune homme se trouve alors impliqué dans un règlement de comptes brutal, à multiples facettes. Par un jeu troublant de flash-back et de points de vue alternés, l&#8217;auteur piège son lecteur dans un labyrinthe qu&#8217;il ne sera pas près doublier. Patrick Besson propose un tableau fascinant de l&#8217;Afrique subsaharienne, espace du romanesque intense, où chacun considère autrui comme une source inépuisable de légendes, de mystères, de pouvoirs occultes. Description détaillée et fiévreuse de la jungle urbaine équatoriale, thriller politique, roman d&#8217;amour et de colère. Mais le fleuve tuera l&#8217;homme blanc se présente comme l&#8217;œuvre la plus accomplie d&#8217;un auteur qui, depuis son premier livre parmi en 1971, quand il avait dix-sept ans, n&#8217;a cessé d&#8217;étonner par ses ouvrages, ses chroniques et ses engagements.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/10/roman-francais/mais-le-fleuve-tuera-lhomme-blanc-de-patrick-besson/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Regarder le soleil d&#8217;Anne Provoost</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/10/romans-etrangers/regarder-le-soleil-danne-provoost</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/10/romans-etrangers/regarder-le-soleil-danne-provoost#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 12 Oct 2009 16:11:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Abeline</dc:creator>
				<category><![CDATA[Romans étrangers]]></category>
		<category><![CDATA[anne-provoost]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
		<category><![CDATA[regarder-le-soleil]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=1691</guid>
		<description><![CDATA[ Regarder le soleil d&#8217;Anne Provoost aux  Edition Fayard
Il est des romans qui, l’air de rien, nous laissent une étrange impression de malaise … Douze tranches de vie racontées par une enfant, dans la campagne australienne où se complait sur la terre rouge, un soleil écrasant. Quelque chose de « Bagdad Café » sans le Café !  Descriptions, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><img class="size-full wp-image-1692 alignleft" style="border: 10px solid white;" title="images" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/10/images.jpeg" alt="images" width="77" height="124" /> Regarder le soleil d&#8217;<a href="http://fr.ulike.net/Anne_Provoost" target="_blank">Anne Provoost</a> aux  Edition Fayard</h3>
<p>Il est des romans qui, l’air de rien, nous laissent une étrange impression de malaise … Douze tranches de vie racontées par une enfant, dans la campagne australienne où se complait sur la terre rouge, un soleil écrasant. Quelque chose de « Bagdad Café » sans le Café !  Descriptions, perceptions, sensations sont le roman et priment sur les faits. Ce qui se passe ici  peut être dramatique, n’est jamais raconté comme tel, mais obsède jusqu’à la mélancolie. Le vent et la poussière omniprésente nous y aident, sûrement ! Chloé, la narratrice d’une dizaine d’années, passe ses journées dans le ranch de ses parents, attachée, fusionnée à une mère devenant aveugle. Et elle raconte ; plutôt elle témoigne de ce qu’elle perçoit de son monde, la nature, les chevaux, les hommes, la famille et ses secrets, et surtout sa mère, Linda, personnage centrale de son récit . Cette mère, photographe, qui mitraillait sans cesse le quotidien, ogresse d’images volées, allant  jusqu’à provoquer la colère et l’éloignement de sa fille aînée Llana, ne peut plus bientôt qu’en  deviner les contours. C’est comme « regarder le soleil » en face, une clarté aveugle et puis le noir… Cette mère que Chloé aime et déteste à la fois, est observée, scrutée avec adoration et dégoût, cette mère si proche et en même temps si lointaine.  Tous les détails, infimes soient-ils, nous deviennent familiers, comme si la fillette nous rendaient  voyeurs bien malgré nous de son intimité, des milliers d’instants arrêtés sur ses goûts, ses manières, ses désordres, ses élans, ses brusqueries, ses accès de joie, ses peurs et sa souffrance. Petit à petit, Chloé semble plus à l’aise dans sa description, son vocabulaire s’enrichit, son prisme s’élargit.  Elle mûrit et nous donne à lire un beau portrait, sans concession, d’une femme, d’une mère sous le regard lucide de son enfant.   Milan Kundera disait dans un de ses articles que la psychologie n’était pas née de la philosophie et des sciences, hypothèse communément admise, mais bien du roman du XIXème siècle en  Europe, par la description minutieuse du voyage intérieur des personnages. Ce détournement déli- béré du savoir ( !) se ferait au profit d’études narratives subtiles croquant ceux-ci comme autant de caractères à facettes singulières. Chez Anne Provoost, la psyché de Chloé renvoie à celle de sa mère, en jeu de miroir mais à sens unique. Jamais Linda ne lui retournera son regard ; au plus près d’elle, Chloé se construit lentement pour finalement accepter d’en être une partie. On ne peut renier sa filiation ! Puis tombe la neige… dans l’outback australien, là où toutes les deux vont se retrouver  avec le même ressenti. Il est des romans, qui l’air de rien, nous laissent une étrange impression de bien agréable malaise !</p>
<p>Chronique rédigée par Marie Germain</p>
<h3>Quatrième de couverture :</h3>
<p style="margin-right: 0px; margin-left: 0px; margin-top: 10px; margin-bottom: 10px; padding: 0px;" align="justify">Dans un ranch de l’outback australien, une fillette, Chloé, vient de perdre son père. Elle reste seule avec sa mère, Linda, qui devient progressivement aveugle. Linda continue de faire tourner la ferme, mais elle perd peu à peu le contrôle de la situation&#8230; et de sa fille, qui profite de cette liberté toute relative pour errer dans la campagne. En une série de chapitres narratifs nous est dépeinte, par le biais de l’enfant, la lente décomposition de la mère. De grandes émotions sont décrites, mais de manière voilée, ainsi que l’on doit regarder le soleil : indirectement, ou à travers un filtre.</p>
<p style="margin-right: 0px; margin-left: 0px; margin-top: 10px; margin-bottom: 10px; padding: 0px;" align="justify">Un roman poignant, admirablement servi par une sobriété de moyens qui lui confère une étrange poésie et un charme insidieux, comme la poussière rouge du bush.</p>
<h3>Présentation de l&#8217;auteur</h3>
<p>L’auteur, Anne Provoost, écrivaine belge, née en 1964, écrit aussi pour la jeunesse. Elle vit et  travaille à Anvers. « Regarder le soleil » paraît en 2007, en langue néerlandaise et reçut le Prix Triennal de la Prose en Flandre en 2008. Peu connue en France, elle est portant traduite  dans une quinzaine de langues. Un de ses romans « Vallen » ( Le piège 1994) a été adapté au  cinéma sous le titre « Falling » , réalisé par Hans Herbots en 2001.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/10/romans-etrangers/regarder-le-soleil-danne-provoost/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Les succursales du ciel de Gérard Pussey</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/les-succursales-du-ciel-de-gerard-pussey</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/les-succursales-du-ciel-de-gerard-pussey#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 20 Aug 2009 19:07:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Romans Français]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
		<category><![CDATA[gérard-pussey]]></category>
		<category><![CDATA[les-succursales-du-ciel]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=539</guid>
		<description><![CDATA[Les succursales du ciel de Gérard Pussey – Fayard
Le héros de Gérard Pussey atteint la soixantaine, ce qui n&#8217;est pas vieux, franchement ! J&#8217;en sais quelquechose. Mais une femme c&#8217;est pas pareil ; le mauvais passage pour nous, c&#8217;est la cinquantaine. Bref, le héros est un homme qui n&#8217;est pas-du-tout-mais-pas-du-tout préparé au vieillissement (situation commune, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><img class="alignleft size-full wp-image-540" style="border: 10px solid white;" title="pussey" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/08/pussey.jpg" alt="pussey" width="78" height="124" />Les succursales du ciel de <a href="http://fr.ulike.net/G%C3%A9rard_Pussey" target="_self">Gérard Pussey</a> – Fayard</h3>
<p>Le héros de Gérard Pussey atteint la soixantaine, ce qui n&#8217;est pas vieux, franchement ! J&#8217;en sais quelquechose. Mais une femme c&#8217;est pas pareil ; le mauvais passage pour nous, c&#8217;est la cinquantaine. Bref, le héros est un homme qui n&#8217;est pas-du-tout-mais-pas-du-tout préparé au vieillissement (situation commune, surtout chez les hommes&#8230;)</p>
<p>Comme Ulysse, Julien Dufour a fait de sa vie un long voyage parsemé de péripéties tragi-comiques (surtout vers la fin) ; mais les accostages successifs qu&#8217;il va tenter pour aborder enfin à des rivages de douceur, vont être encore plus cahotiques que ceux du vainqueur d&#8217;Ajax.</p>
<p>L&#8217;histoire de Julien Dufour est celle d&#8217;un babyboomer passé par la case soixante-huitard, qui vit très mal sa métamorphose pourtant inéluctable et bien prévisible en papyboomer.</p>
<p>Le héros a des racines paysannes auvergnates dont il est resté fier, ce qui est une belle chose. Ce qui est un peu moins bien c&#8217;est qu&#8217;il a gardé l&#8217;habitude assez agaçante de ponctuer sa conversation et ses réflexions en a parte, de « Sapristi ! » et de « Voyons vouère », et qu&#8217;il utilise exclusivement ces deux interjections patoisantes, aucune autre ! Évidement, c&#8217;est un tic du personnage, pas de l&#8217;auteur !</p>
<p>Les malheurs de Julien, au moins au début, n&#8217;ont rien de très original : d&#8217;abord il est mis à la retraite d&#8217;office, puis sa femme qui travaille (, elle) le quitte pour un autre. C&#8217;est un homme à la dérive, amer et vachard, hypocondriaque et un peu veule &#8211; mais charmant ! -, qui ne se décide pas entre résignation et révolte. Il est sauvé provisoirement et malgré lui par une jeune universitaire (elle a un « long corps enseignant », finaude Julien, sous la plume de Gérard Pussey !). Celle-ci s&#8217;est mis en tête de faire renaître la vocation d&#8217;écrivain de Julien Dufour, auteur à succès d&#8217;une oeuvre écrite et publiée dans sa jeunesse, et restée unique. Grisé par cette conquête facile parce que presque involontaire, Julien Dufour se reprend à croire, ou à faire semblant de croire, en l&#8217;existence d&#8217;un petit bout d&#8217;avenir devant lui. Mais hélas, la belle est aussi la bru de son meilleur ami, et la femme de son filleul. Leurs projets (amoureux et littéraire) volent rapidement en éclats lorsque le pot aux roses est découvert (facilement) par les cocufiés.</p>
<p>Cet épisode courtelinesque a l&#8217;avantage de servir d&#8217;électrochoc au héros qui semble alors enfin décidé à reprendre ce qui lui reste de son destin en mains. Pour preuves, les résolutions qu&#8217;il note pendant quelque temps dans son agenda, par exemple</p>
<p>« penser à un dérivatif (genre pétanque) »</p>
<p>« penser à ne pas se laisser gagner par la nostalgie »</p>
<p>« ce jour, la vie repart pour un tour »</p>
<p>Deux ou trois cuisantes déconvenues plus tard, et après quelques retrouvailles nostalgiques, décevantes et avortées – à découvrir en lisant <a href="http://fr.ulike.net/Les_Succursales_du_Ciel" target="_blank">Les succursales du ciel</a> ! –, on retrouve Julien Dufour en survêtement-pantoufles devant la télé, chez son voisin d&#8217;immeuble lepéniste et joueur de boules. Heureusement, Gérard Pussey aime trop son héros (moi aussi) pour l&#8217;abandonner dans une situation aussi ringarde et déprimante !</p>
<p>Julien Dufour est un personnage plus proche du héros du film Broken Flowers de Jim Jarmusch (interprété par Bill Murray), que de celui du Citizen Kane d&#8217;Orson Wells. Cependant leurs histoires ont en commun la quête de l&#8217;Enfant &#8211; le leur (un fils, réel ou imaginé ?), ou bien celui qu&#8217;ils ont été. Le lecteur ou le spectateur ne connaîtra jamais la véritable origine de cette quête universelle et mystérieuse, mais il suit avec compassion et tendresse les aventures dérisoires des héros. Et ce, avec d&#8217;autant plus de bonheur que les créateurs des personnages sont talentueux. Gérard Pussey l&#8217;est, talentueux.</p>
<p>Les plus belles pages, les plus émouvantes, sont aux deux tiers du livre, autour de la page 200 environ. C&#8217;est aussi le moment où l&#8217;on découvre l&#8217;explication du titre du roman :</p>
<p>« le plafond du salon [...] pour un enfant, est déjà une succursale du ciel. »</p>
<p>Elle est là, la quête jamais assouvie de Julien : retrouver la sensation perdue de dominer l&#8217;univers qu&#8217;il ressentait enfant, à chaque Noël, quand son père prodigue le hissait à bout de bras à hauteur de l&#8217;inaccessible étoile, la plus belle, celle qui brillait au sommet du sapin. Ce souvenir sera la clé de voute de son existence, jusqu&#8217;à lui inspirer les aventures du personnage de son unique oeuvre littéraire, un glorieux cosmonaute.</p>
<p>Bonne étoile ? Mauvaise étoile ? C&#8217;est aussi le signe, la forme de la marque de naissance, que Julien Dufour porte à l&#8217;épaule et qui lui servira, très poétiquement, de test de paternité.</p>
<p>Voici aussi, en bonus, quelques aphorismes que j&#8217;ai particulièrement appréciés, relevés hors contexte au fil du roman de Gérard Pussey :</p>
<p>« La longévité a beau faire des progrès constants, la vieillesse se termine toujours aussi mal. »</p>
<p>« Même plus tard, sapristi, c&#8217;est toujours bientôt. »</p>
<p>« L&#8217;homme qui doute peut toujours être sauvé. »</p>
<p>« La mélancolie tient notre enfance dans son poing et serre, serre jusqu&#8217;à ce qu&#8217;il en sorte des larmes. » (superbe, non ?)</p>
<p>« [Entre neuf et seize ans …] … l&#8217;existence était à cette époque un ticket valable pour l&#8217;éternité » (penser à relire Romain Gary)</p>
<p>« &#8230; rien d&#8217;un peu consistant ne se fait sans fidélité aux autres, au passé et à soi-même »</p>
<p>J&#8217;ai aussi, pour en finir avec cette chronique de lecture, quelques remarques personnelles sur le style d&#8217;un écrivain que je découvrais avec ce roman (auteur d&#8217;une vingtaine d&#8217;ouvrages, il a déjà reçu plusieurs prix, et est critique littéraire au journal ELLE). Je lirai ultérieurement avec beaucoup d&#8217;intérêt les critiques littéraires professionnels, pour voir si ils ont fait les mêmes observations que moi sur l&#8217;écriture de Gérard Pussey.</p>
<p>Gérard Pussey est un styliste, il aime beaucoup les métaphores. Souvent élégantes, parfois amusantes, toujours très travaillées, assez peu spontanées. Le problème avec les métaphores, c&#8217;est qu&#8217;une typo peut les rendre totalement incompréhensibles. Ainsi :</p>
<p>« &#8230; trapus comme des mais, muets comme des lits-clos&#8230; »</p>
<p>Evidemment, il ne s&#8217;agit pas de maïs ! Ah, oui&#8230; des maies ! Un e muet qui manque et on reste sans voix&#8230;</p>
<p>Je suis restée sans lumière une autre fois devant la référence au &laquo;&nbsp;Tityre du Paludes de Gide&nbsp;&raquo;. Me suis sentie bête, obligée de gougler.</p>
<p>A un moment Julien interroge son admiratrice :</p>
<p>« &#8230;mademoiselle, ne me prêtez-vous pas des intentions que je n&#8217;ai pas eues, des métaphores auxquelles je n&#8217;aspirait pas ? »</p>
<p>Ailleurs, c&#8217;est elle qui mène l&#8217;entretien :</p>
<p>« &#8230; le personnage ne représente-t-il pas votre projection métaphorique ? »</p>
<p>« Monsieur Dufour, cette inatteignable Betelgueuse qui brille au fond de la nuit et semble fuir devant vous dès que vous l&#8217;approchez, est-ce une métaphore ? Qu&#8217;avez-vous voulu dire ? »</p>
<p>La narration est déconcertante parfois car elle mêle presque systématiquement, dans un même chapitre, la première personne du singulier et la troisième (Je, Il, Julien, Juju), le passé composé, le présent, le futur.</p>
<p>Chronique réalisée par <a href="http://tillybayardrichard.typepad.com/">Tilly</a></p>
<h3>Quatrième de couverture :</h3>
<p>« Julien Dufour est invité à mettre un terme à sa carrière de journaliste et à quitter le magazine pour lequel il travaillait depuis plus de trente ans. Officier dégradé, il rentre chez lui pour y ceindre le tablier de sa jeune épouse qui vient justement de se trouver un emploi et un amant. La soixantaine en ligne de mire, Julien respectera-t-il sa date de péremption en s’inscrivant au club de pétanque de son quartier ou essaiera-t-il de rebondir une dernière fois dans les étoiles ? Camille, de trente ans sa cadette, a des pokers d’as plein les mains et dans ses yeux dansent deux petits diables. Mais sans doute est-il inconvenant de convoiter la future belle-fille de son meilleur ami…Les succursales du ciel évoque ce moment où l’homme bascule dans un abîme de vacuité et d’abandon qui annonce la fin de tout. L’épée dans les reins, ferraillant au bord du gouffre, Gérard Pussey, avec une fantaisie intrépide et bravache, nous entraîne dans cette grande banlieue de la mort où l’urgence à vivre s’impose soudain comme ultime antidote.</p>
<p>Auteur d’une douzaine de romans dont L’Homme d’intérieur (Prix Roger-Nimier) et Menteur (Prix Alexandre-Vialatte), Gérard Pussey est critique littéraire au magazine ELLE. »</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/les-succursales-du-ciel-de-gerard-pussey/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Maruzza Musumeci de Andrea Camilleri</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/romans-etrangers/maruzza-musumeci-de-andrea-camilleri</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/romans-etrangers/maruzza-musumeci-de-andrea-camilleri#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 20 Aug 2009 18:26:26 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Romans étrangers]]></category>
		<category><![CDATA[andrea-camilleri]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
		<category><![CDATA[maruzza-musumeci]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=523</guid>
		<description><![CDATA[Maruzza Musumeci de Andrea Camilleri - Fayard
Traduction : Dominique Vittoz
C’est la première fois que je lisais un roman d’Andrea Camilleri qui ne soit pas un policier. Son commissaire Montalbano m’a accompagné durant de nombreuses lectures passionnantes, mais je viens de découvrir une autre facette de l’auteur, qui a écrit ici un conte ayant pour cadre, comme [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><img class="alignleft size-full wp-image-524" style="border: 10px solid white;" title="camilleri" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/08/camilleri.jpg" alt="camilleri" width="78" height="124" />Maruzza Musumeci de <a href="http://fr.ulike.net/Camilleri_Andrea">Andrea Camilleri </a>- Fayard</h3>
<p>Traduction : Dominique Vittoz</p>
<p>C’est la première fois que je lisais un roman d’Andrea Camilleri qui ne soit pas un policier. Son commissaire Montalbano m’a accompagné durant de nombreuses lectures passionnantes, mais je viens de découvrir une autre facette de l’auteur, qui a écrit ici un conte ayant pour cadre, comme ses autres romans, sa Sicile natale.</p>
<p>Gnazio Manisco, dont les premières pages retracent l’enfance, a travaillé dès son plus jeune âge comme ouvrier agricole. C’est un être simple, mais pas tout à fait aussi naïf qu’il semble d’abord, et la chance lui sourit puisqu’il réussit, tout miséreux qu’il est, à partir pour les Etats-Unis. Les années passent là-bas, Gnazio se débrouille, trouve du travail, apprend l’anglais, fréquente la communauté italienne, mais quand la mafia lui demande un service qu’il leur refuse, il sait qu’il vaut mieux ne pas rester sur place. Pourquoi pas dès lors rentrer à Vigàta, son lieu de naissance ?</p>
<p>L’histoire débute vraiment alors, Gnazio achète un terrain au bord de la mer, lui qui a toujours détesté tout ce qui est marin. « Monter sur un bateau ? Aller se bambaner sur la mer ? Au milieu des tempêtes ? Se faire sarabouler par des vagues hautes comme une maison de trois étages ? Quand la mer est cafie de poulpes gros comme des chars à bancs et que c’est bien rare si une de ces bestioles ne réussit pas à vous agraper, vous attirer par le fond et vous noyer proprement ? » On raconte de drôles d’histoires concernant ce terrain, mais Gnazio passe outre. A ce moment, il atteint l’âge de quarante-sept ans, tout de même, et lui vient l’idée de trouver une épouse. La mère Pina, guérisseuse et entremetteuse à ses heures, se charge de lui trouver la perle rare, et après quelques tentatives, lui parle de Maruzza, très belle femme qui n’a qu’un défaut, celui de se prendre, quelques jours par an, pour une sirène. <strong>« </strong>Un soir, l’ancienne arriva, s’assit sur la pierre au pied de l’olivier et réclama, non pas le verre d’eau habituel, mais un gorgeon de vin.</p>
<p>« Cette fois, je crois que j’ai tiré le gros lot », dit-elle.</p>
<p>Gnazio apporta une fiasque pleine et deux verres. Ils burent en silence.</p>
<p>La mère Pina glissa une main dans sa poitrine et en tira un rectangle de carton, mais sans le montrer à Gnazio.</p>
<p>« Quel âge a-t-elle ?<strong> </strong>»</p>
<p>Elle omet de lui dire aussi que Maruzza a pour seule famille une aïeule plutôt originale. Aller plus loin dans l’histoire serait dommage, mais sachez que je me suis vraiment divertie et délectée de ce roman. La langue en est très riche et originale, il faut saluer le travail de la traductrice qui a su rendre ce patois sicilien de façon très chantante, mais sans que l’on ait l’impression d’entendre une conversation sur le vieux port de Marseille !</p>
<p>Le lecteur se plaît à imaginer ce petit coin de Sicile, les falaises, la maison qui tourne le dos à la mer, l’olivier centenaire, l’étable, puis l’arrivée de Maruzza qui bouleverse ce paysage autant que le pauvre Gnazio.</p>
<p>Ce roman est à déguster tranquillement, en se régalant à la fois des péripéties et des trouvailles verbales : un vrai délice !</p>
<p>Chronique réalisée par <a href="http://lettres-expres.over-blog.com/">Kathel</a></p>
<p>Maruzza Musumeci de Andrea Camilleri &#8211; Fayard -Traduction : Dominique Vittoz</p>
<h3>Quatrième de couverture :</h3>
<p>« Pauvre émigré sicilien, Gnazio Manisco a réussi en Amérique. Mais quand il refuse un service à la mafia, il sait que ses jours sont comptés et décide de rentrer au pays. De retour à Vigàta, il acquiert une terre en bordure de mer, dont on murmure que le propriétaire précédent est mort d’avoir surpris une étrange créature pleurant sous l’olivier millénaire. Grâce à l’entremetteuse du village, Gnazio pourrait épouser Maruzza Musumeci, une femme d’une grande beauté qu’un trouble peu banal retient jusque-là de se marier : elle se prend pour une sirène. Gnazio est-il l’homme qui saura la convaincre du contraire ?<br />
Entre récit romanesque et conte fantastique, Maruzza Musumeci narre avec sensualité et truculence la destinée d’une famille sicilienne, de 1895 à 1943.<br />
Traduit de l’italien par Dominique Vittoz »</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/romans-etrangers/maruzza-musumeci-de-andrea-camilleri/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Mes illusions donnent sur la cour,  Sacha Sperling</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/premier-roman/mes-illusions-donnent-sur-la-cour-sacha-sperling</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/premier-roman/mes-illusions-donnent-sur-la-cour-sacha-sperling#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 20 Aug 2009 16:39:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
				<category><![CDATA[Premiers Romans]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>
		<category><![CDATA[mes-illusions-donnent-sur-la-cour]]></category>
		<category><![CDATA[sacha-sperling]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=500</guid>
		<description><![CDATA[Mes illusions donnent sur la cour de Sacha Sperling - Fayard
Sacha Sperling n&#8217;a que 18 ans et signe ici son premier roman.
 
Alors que le protagoniste de la chanson « Alcool » de Serge Gainsbourg, à laquelle il a emprunté la formule « Mes illusions donnent sur la cour », est un ouvrier de banlieue, Sacha, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><img class="alignleft size-full wp-image-502" style="border: 10px solid white;" title="sperling" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/08/sperling1.jpg" alt="sperling" width="77" height="124" />Mes illusions donnent sur la cour de <a href="http://fr.ulike.net/Sacha_Sperling">Sacha Sperling </a>- Fayard</h3>
<p>Sacha Sperling n&#8217;a que 18 ans et signe ici son premier roman.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p>Alors que le protagoniste de la chanson « <em>Alcool</em> » de Serge Gainsbourg, à laquelle il a emprunté la formule « <em>Mes illusions donnent sur la cour</em> », est un ouvrier de banlieue, Sacha, le narrateur du roman est un adolescent de 14 ans, issu d&#8217;un milieu aisé. Il a grandi entre le 6ème arrondissement et les vacances au Maroc ou à Deauville. On pourrait donc s&#8217;attendre à un roman de plus sur le thème des pauvres petits enfants riches qui s&#8217;ennuient entre deux soirées de strass et paillettes. Pourtant Sacha Sperling arrive à dépasser cet écueil pour proposer un roman plus universel sur le mal-être adolescent.</p>
<p>Le jeune Sacha entre en 3ème au lycée Lorraine. Comme tous les adolescents Sacha a une force d&#8217;inertie déconcertante. Il a l&#8217;âge où tout se joue : on ne sait plus très bien qui on est ou qui on voudrait être ; on attend désespérément un signe, un événement qui changerait notre destin :</p>
<p><em>Vous l&#8217;avez sans doute oublié, mais, comme moi, vous avez un jour pris conscience de votre ennui, et à cet instant, il vous est devenu insupportable.</em></p>
<p><em>Comme moi, vous avez un jour regardé le ciel, à l&#8217;aube du crépuscule, en vous demandant pourquoi les étoiles n&#8217;arrivaient pas.</em></p>
<p><em>Comme moi, vous avez compris que votre vie allait commencer sans que vous n&#8217;y puissiez rien.</em></p>
<p><em>Parce que, comme moi, vous avez eu quatorze ans.</em></p>
<p><em> </em></p>
<p>Ce signe qu&#8217;attend Sacha va s&#8217;incarner en Augustin, un jeune garçon de son âge et de son milieu, un peu tête brûlée, un peu provocateur. Entre les deux jeunes hommes naît une amitié-passion qui durera le temps d&#8217;une année scolaire.</p>
<p>Balayons tout de suite, ce qui à n&#8217;en pas douter sera malheureusement au centre des critiques de ce roman. Oui, nos deux jeunes héros trompent l&#8217;ennui dans l&#8217;alcool et la drogue. Oui Sacha Sperling parle aussi de cette jeunesse dorée et désœuvrée qui manque plus d&#8217;amour que d&#8217;argent. <em>Amour, sexe, drogue et rock&#8217;n roll sur la rive gauche</em> pourrait sans doute faire un titre accrocheur, mais ce serait mettre l&#8217;accent sur la toile de fond du roman plutôt que sur son propos réel.</p>
<p>Vous lirez sans doute aussi que Sacha Sperling n&#8217;est qu&#8217;un pseudonyme derrière lequel se cache le fils d&#8217;Alexandre Arcady et Diane Kurys et que ce roman n&#8217;est qu&#8217;une énième auto-fiction d&#8217;enfant de stars. Certes. Pour ma part, je n&#8217;ai découvert cette information qu&#8217;en préparant mon billet, et c&#8217;est donc sans a priori que je me suis plongée dans ce récit.</p>
<p>Passé le premier chapitre, qui chronologiquement se situe à la fin de l&#8217;histoire, on découvre une écriture sobre et étonnamment mûre. Et même si dans l&#8217;ensemble les phrases sont souvent trop courtes (sujet, verbe, complément), certains passages sont bouleversants et le narrateur fait preuve d&#8217;une acuité saisissante, surtout dans le premier tiers du récit.</p>
<p>Sacha est en dehors de sa vie, à côté de ses pompes ; il pose sur le monde qui l&#8217;entoure un regard sans concession. Quand Augustin débarque sans prévenir, Sacha est immédiatement en admiration et il lui semble avoir trouvé son héros : Augustin ose et agit quand lui ne fait qu&#8217;hésiter et fantasmer. À eux d&#8217;eux, ils vont multiplier les expériences extrêmes, frôler la mort pour se prouver qu&#8217;ils vivent. Sacha, pour paraphraser Françoise Dolto, est un homard en pleine mue, sans coquille pour le protéger; il doit accepter son nouveau corps, ses attirances sexuelles, son désir de disparaître, son refus d&#8217;être mortel. Empêtré dans ses contradictions, tiraillé entre un père totalement absent et une mère qui règle les problèmes avec de l&#8217;argent sonnant et trébuchant, Sacha choisit le danger et la passion que représente Augustin. Parce que la transgression est une étape nécessaire mais surtout parce qu&#8217;il a enfin l&#8217;impression d&#8217;exister dans le regard d&#8217;un autre. Alors il commence à mentir, à dissimuler, et très rapidement son quotidien se délite. Mais une fois encore, Sacha ne fait que reproduire ce qu&#8217;il connaît : autour de lui, les adultes ne sont pas plus sincères et chacun se crée un miroir aux alouettes pour oublier la solitude.</p>
<p><em>Mes illusions donnent sur la cour</em> est en fait le roman d&#8217;un premier amour, ravageur et destructeur ; un amour illusoire, à sens unique, certes, mais un amour qui permet à Sacha de voir l&#8217;aube du jour suivant. Jusqu&#8217;au jour où la souffrance prend le pas sur le plaisir et où il n&#8217;est plus possible de se mentir. Les passages, consacrés à cet amour naissant et aux interrogations que cela ne manque pas de susciter pour Sacha, sonnent très justes : l&#8217;auteur, sans tomber dans la vulgarité, ne cède pas non plus à la mièvrerie d&#8217;un conte de fées ou aux faux-semblants. « <em>Il ne faut pas prétendre que nous ne faisons rien</em> ». Sacha et Augustin n&#8217;ont que 14 ans&#8230; encore des bébés, « <em>deux enfants qui n&#8217;arrivent pas à se quitter des yeux</em> » et qui jouent aux adultes dans des costumes résolument trop grands pour eux.</p>
<p>Bien sûr, <em>Mes illusions donnent sur la cour</em> n&#8217;est pas un roman entièrement maîtrisé, et il serait très exagéré de crier au chef d&#8217;œuvre : l&#8217;écriture est parfois un peu gauche, certains passages traînent en longueur, et d&#8217;autres semblent inutiles et redondants. En même temps, on ne peut oublier que c&#8217;est l&#8217;œuvre d&#8217;un tout jeune garçon. On lui pardonne donc facilement ses maladresses de débutant et on attend son prochain roman, que l&#8217;on espère dans un registre très éloigné de l&#8217;auto-fiction, pour pouvoir juger réellement d&#8217;un talent que l&#8217;on sent poindre ici.</p>
<p><strong> </strong></p>
<p><strong>Chronique réalisée par Laurence de <a href="http://biblioblog.fr/">Biblioblog</a></strong></p>
<h3>Quatrième de couverture :</h3>
<p>« <em>Sur un transat, il mange un esquimau. Le chocolat fond autour de sa bouche, il s’en met partout. On dirait du sang séché. Le ciel est de la même couleur que le soleil. Ce matin, on a braqué le minibar. Augustin voulait qu’on célèbre son départ. L’air a une vague odeur de jasmin. Je suis sûr que c’est le produit d’entretien. Il se lève pour aller commander quelque chose au restaurant, de l’autre côté de la piscine. Je l’observe. De longs palmiers bougent lentement derrière lui. Graphique. Il plonge dans l’eau. Il disparaît quelques secondes, puis il réapparaît. Il revient, il se rallonge sur son transat. Je regarde les parasols kitch, jaunes et rouges, et je pense que ce serait vraiment beau de les voir tous s’envoler en même temps.</em> »</p>
<h3>Extrait :</h3>
<p>« <em>Je rentre à pied. Sur le pont Alexandre III, je ne regarde pas la Seine mais les lumières de Paris. Je me saoule aux ampoules. Quand j&#8217;étais petit, je demandais à ma mère de m&#8217;emmener voir « les lumières ». On prenait la voiture et on roulait dans la ville. Augustin aussi aime se perdre dans la nuit et les néons. Il aime voir les monuments s&#8217;éteindre à un moment. Comme moi, il ressent cette force d&#8217;avoir combattu la nuit. Je l&#8217;appelle. Il ne répond pas. Peut-être que je devrais m&#8217;inquiéter. Je devrais me dire que je ne travaille pas et que je ne parle plus à ma mère. Non. Les lumières. Toujours. Celles qui ont le pouvoir de m&#8217;aveugler encore. Parfois, je jette un regard rapide à l&#8217;onde, trop rapide pour y voir quoique ce soit. Quelqu&#8217;un pourrait se noyer là, maintenant, je ne le verrais pas. Ébloui. J&#8217;arrive à me sentir bien. Nos vies sont brumeuses et le jeu c&#8217;est de les regarder telles quelles. Il y a un peu de vent ce soir et, comme j&#8217;ai froid, je repars vers les réverbères du boulevard Saint-Germain. Je vais encore me cacher dans la lumière.</em> »</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/premier-roman/mes-illusions-donnent-sur-la-cour-sacha-sperling/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Mal Tiempo de David Fauquemberg</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/mal-tiempo-de-david-fauquemberg</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/mal-tiempo-de-david-fauquemberg#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 19 Aug 2009 09:00:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>leafar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Romans Français]]></category>
		<category><![CDATA[David-Fauquemberg]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=429</guid>
		<description><![CDATA[« Mal Tiempo » de David Fauquemberg, Fayard
« Mal Tiempo » a pour couverture le portrait d’un boxeur.
« Foutu protège-dents » en sont les premiers mots.
Je n’aime pas la boxe. Vais-je aimer le livre ? Je sais que des gens sont passionnés par ce sport, et je le respecte. Mais pour moi la boxe est le sport le plus violent et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><img class="alignleft size-medium wp-image-428" style="border: 10px solid white;" title="mal tiempo" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/08/mal-tiempo-188x300.jpg" alt="mal tiempo" width="188" height="300" />« Mal Tiempo » de <a href="http://fr.ulike.net/David_Fauquemberg" target="_blank">David Fauquemberg</a>, Fayard</h3>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">« <a href="http://fr.ulike.net/Mal_Tiempo" target="_blank">Mal Tiempo</a> » a pour couverture le portrait d’un boxeur.<br />
<em>« Foutu protège-dents »</em> en sont les premiers mots.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Je n’aime pas la boxe. Vais-je aimer le livre ? Je sais que des gens sont passionnés par ce sport, et je le respecte. Mais pour moi la boxe est le sport le plus violent et le plus abrutissant qui soit : prendre son poing pour le jeter le plus fort possible sur l’adversaire&#8230; Je sais que je me trompe aux yeux des amateurs de boxe, que je salis une vérité si belle à leurs yeux, et je leur laisse sincèrement la possibilité de me convaincre, jusque-là en vain. Mal Tiempo va-t-il y parvenir ? Mais est-ce seulement son but ?<br />
Voici les questions qui me viennent à la lecture des premières pages.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Mal Tiempo ne raconte pas tout à fait la boxe, ni tout à fait Cuba.<br />
Mal Tiempo raconte l’histoire d’un homme fasciné par un jeune boxeur cubain. Mal Tiempo n’a rien d’encyclopédique, il raconte tout avec les tripes.<br />
C’est cela que l’on ressent, les tripes de jeunes et de vieux boxeurs, les tripes de jeunes et de vieux cubains.<br />
On prend des coups, des jabs, des crochets, des uppercuts. On vit des entrainements, des matchs, des tournois.<br />
Entre deux combats, on assiste à la rencontre de cubains qui transpirent leurs convictions patriotiques ou leurs désillusions politiques, leurs cultures religieuses ou familiales, leurs espoirs, leurs terres, leurs alcools, leurs jeux. Ces rencontres sont très réussies. On sent dans l’écrivain le voyageur, qui raconte sans chercher l’exhaustivité. Il n’est pas là pour écrire un guide touristique ni pour nous vendre un pays mais pour nous rendre des impressions.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Une forte particularité est celle d’un narrateur à la première personne qui ne livre pas ses états d’âme : le narrateur est spectateur, comme nous. L’intrigue ne se joue pas autour de sa propre destinée : boxeur qui raccroche les gants dans les premières pages, on n’espère jamais vraiment le voir revenir sur le ring. Ancien boxeur, voilà d’ailleurs tout ce que l’on sait de lui, de sa vie, de son passé, et même de son physique que l’on découvre dans le regard du personnage principal, porté furtivement sur les cicatrices de blessures jamais racontées : <em>« Je déboutonnais ma chemise, Yoangel a sifflé : ‘‘Qu’est ce que t’as pris, socio’’.»</em></span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Ce procédé est intelligent. Rien d’omniscient, mais seulement un point de vue.<br />
Et le style est convaincant. Les phrases simples et percutantes aux mots souvent très justes vous entrainent dans ce récit sans la moindre résistance de votre part. La lecture, au sens technique, est un vrai plaisir.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Il y a des lectures désagréables qui finissent par vous convaincre. Cette lecture est agréable, mais le livre ne m’a pas convaincu. Un livre au style efficace et aux portraits soignés, un livre d’hommes (la femme est absente) qui sent la testostérone et la transpiration, mais un livre qui n’est pas pour autant racé. Car au final que nous reste-t-il du plaisir de la lecture ? Pas grand-chose, sinon le sentiment de ne pas être suffisamment attaché aux personnages pour aimer ce livre.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;"><br />
Ou est-ce un livre pour les amateurs de boxe ?<br />
Je ne suis pas sur… mais je ne pourrai pas l’affirmer, à eux de me le dire…</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">L’objectif de ce livre n’était surement pas de me convaincre de l’intérêt de ce sport. Mais je n’ai rien ressenti qui comble ce vide par autre chose. Alors cette interrogation me reste entre les mains. Et sur ce thème je me range à l’avis d’un entraineur irlandais qui s’exprime certes enivré par la défaite : <em>« Faut pas exagérer putain ! … La boxe doit rester un jeu ! Un jeu terrible, right, mais rien d’autre qu’un jeu… Gagner, c’est une question d’orgueil, montrer qu’on est le plus fort… Y a pas plus simple ! Pas d’quoi en faire toute une histoire ! … »</em></span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Mais je ne demande qu’à changer d’avis.</span></p>
<p><span style="font-family: Calibri; font-size: small;"><strong>Chronique rédigée par Vincent N</strong></span></p>
<h3><span style="font-family: Calibri; font-size: small;">Quatrième de couverture : </span></h3>
<p>Yoangel ne boxe que pour lui. Même si c&#8217;est impossible. Sur le ring, on se bat toujours pour une fille, ou pour sa mère, ou pour l&#8217;argent. Mais Yoangel est cubain, et à Cuba, l&#8217;argent, il est interdit d&#8217;y toucher. Et sa mère est morte. Et on ne lui connaît pas d&#8217;amour.J&#8217;ai rencontré ce jeune poids lourd lors d&#8217;un stage dans son île.J&#8217;emmenais des boxeurs français se confronter aux Cubains, réputés les meilleurs du monde. Sous les tôles ondulées de la salle d&#8217;entraînement, dans la fournaise hantée par le bruit des gants sur les sacs, cuir contre cuir, je l&#8217;ai remarqué. Il avait tout ce qui me manquait. Le talent, la présence, et un rythme qui n&#8217;appartenait qu&#8217;à lui. Est-ce l&#8217;évidence de sa supériorité qui m&#8217;a fait abandonner la boxe ?</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/mal-tiempo-de-david-fauquemberg/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
		</item>
		<item>
		<title>Le Rapt d&#8217;Anouar Benmalek</title>
		<link>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/le-rapt-danouar-benmalek</link>
		<comments>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/le-rapt-danouar-benmalek#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 10 Aug 2009 12:51:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>leafar</dc:creator>
				<category><![CDATA[Romans Français]]></category>
		<category><![CDATA[Anouar-Benmalek]]></category>
		<category><![CDATA[Fayard]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/?p=275</guid>
		<description><![CDATA[Le Rapt d&#8217;Anouar Benmalek chez Fayard
Le roman d’Anouar Benmalek nous transporte en Algérie, cette Algérie meurtrie par tant de crimes passés et présents. Aziz, jeune employé d’un zoo, au caractère joyeux, est marié avec Meriem dont il a eu une fille Chérahzade, 15 ans.
Tout ce passe pour le mieux dans cette petite famille raccommodée, en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<h3><span style="font-family: Georgia; font-size: large;"><strong><img class="alignleft size-full wp-image-276" style="border: 10px solid white;" title="Le rapt" src="http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/wp-content/uploads/2009/08/Le-rapt.jpg" alt="Le rapt" width="162" height="250" /><a href="http://fr.ulike.net/Le_Rapt" target="_blank">Le Rapt</a> d&#8217;<a href="http://fr.ulike.net/Anouar_Benmalek" target="_blank">Anouar Benmalek</a> chez Fayard</strong></span></h3>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Le roman d’</span><a href="http://anouarbenmalek.free.fr/" target="_blank"><span style="font-family: 'Times New Roman'; color: #1b3e3e; font-size: small;">Anouar Benmalek</span></a><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;"> nous transporte en Algérie, cette Algérie meurtrie par tant de crimes passés et présents. Aziz, jeune employé d’un zoo, au caractère joyeux, est marié avec Meriem dont il a eu une fille Chérahzade, 15 ans.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Tout ce passe pour le mieux dans cette petite famille raccommodée, en effet le père de Meriem, Tahar, a été combattant du maquis, moudjahid, et a rencontré Mathieu, jeune français ayant déserté en lui sauvant la vie. Ce Mathieu même qui deviendra, à la mort de son ami Tahar, le deuxième mari de sa chère femme : Latifa.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Puis au détour de quelques pages, la vie si tranquille de cette famille va basculer dans ce qu’il y a de plus sombre. Cherahzade ne rentre pas de l’école, une fugue ? Pire. Aziz comprend vite que sa fille n&#8217;a pas fugué mais a été enlevée. Un peu de tout lui passe par la tête : des islamistes, ceux là même qui ont égorgé ce jeune garçon dans le bus quelques jours auparavant. Dans ce pays où règnent la corruption, les tortures, la haine et ses fanatiques, Aziz se sens perdu, que faire ? Il ne tardera pas à le savoir, car le ravisseur le connaît bien lui et sa famille, ils communiqueront par téléphone, Aziz obéira à toutes les réclamations du ravisseur notamment de ne pas prévenir la police et allant jusqu’à devenir un assassin pour libérer sa fille.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Dans la première partie du récit, le narrateur est Aziz, il nous entraine dans son malheur, et nous conte l’enlèvement de sa fille, la douleur de perdre cet être qui ne connait pas encore la vie, et ce meurtre qu’il commet à contre cœur. Etape par étape, de coup de fil en coup de fil le ravisseur prolongera cette torture psychologique avec le plaisir d’un sadique et une bonne humeur à faire vomir. Cherahzade, elle, connaitra la torture physique, le ravisseur lui coupant trois de ces doigts.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">La torture, voilà le mot prédominant de ce roman. En effet, cet enlèvement n’a rien d’anodin, rien à voir avec tous ces enlèvements contre rançon, l’argent n’est pas le mobile. Le mobile est la vengeance. Aziz ?, lui qui n’a jamais rien fait à personne ?, non, cet être lâche lié d’une manière improbable à un crime perpétré il y a près de cinquante ans, sera simplement l’objet, le prisonnier des caprices du ravisseur même si celui qui est visé n’est autre que son beau-père, Mathieu, ce Français demeuré en Algérie après l&#8217;indépendance.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">La deuxième partie du roman passe la main à Mathieu qui devient le narrateur de sa guerre d’Algérie, </span><a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_d'Alg%C3%A9rie" target="_blank"><span style="font-family: 'Times New Roman'; color: #1b3e3e; font-size: small;">la guerre de Libération</span></a><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">, il a fait partie des DOP, les redoutables Détachements Opérationnels de Protection, unités de tortionnaires professionnels dont l&#8217;armée française s&#8217;est longtemps acharnée à nier l&#8217;existence.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">La rencontre avec celui qui deviendra son ami, Tahar, va se faire dans une salle de torture, capturé trop facilement, ce maquisard, traumatisé  par le massacre de Melouza, souhaitait seulement en finir avec la vie, se libérer de cette guerre et de ses crimes.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Melouza, c’est de cette tragédie dont va découler le destin de la famille d’Aziz, avec cette sensation presque visuelle de vivre avec lui ce cauchemar. Durant ce massacre, des dizaines et des dizaines d’hommes et d’adolescents seront sauvagement abattus par des maquisards les soupçonnant d’avoir sympathisés avec l’ennemi, l’armée française. Certains d’entre eux iront jusqu’à découper en morceau la famille d’une garde-champêtre : le père, la mère, la belle-fille et  une petite fille prénommée Cherahzade.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Tahar ne se pardonnera jamais d’avoir laissé faire ça, lui considéré comme un héros par tous, est rongé par le remord, il se donnera la mort pour en finir avec ses démons.</span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Décidé  à se venger, le ravisseur fera tout ce qui est en son pouvoir pour détruire cette famille, de faire payer le prix à celui qui est considéré comme l’auteur du massacre de la famille du garde-champêtre et à celui qui l’a libéré.</span></p>
<p><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">On entre dans ce roman par la porte de l’ironie surtout avec cette scène où le jeune garçon sur le point d’être égorgé se souci d’avantage de son pantalon blanc que de sa vie, on devient stressé puis abattu, pour en ressortir retourné par un dénouement dramatique, ému de ce destin et pris de pitié pour cet homme meurtrie d’avoir perdu sa famille. Le lecteur navigue entre passé et présent, à travers le tableau d’une Algérie déchirée par tant de violence. L’auteur ne prend le parti ni de l’Algérie ni de la France, l’amitié impensable entre Tahar et Mathieu permet d’évoquer les atrocités commises par les deux camps.</span></p>
<p><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;">Tout dans ce drame laisse le lecteur songeur et toutes ces injustices commises au nom d’une Libération, ces tortionnaires et assassins amnistiés dans le but de tourner la page, laisse rageur. Anouar Benmalek nous emporte dans son univers : l’Algérie et nous conte cette histoire présente imbriqué dans le passé, cette démarche qui fait son style ; et des personnages constamment tourmentés, marqués à vie par des blessures dont on ne guéri jamais.</span></p>
<p><span style="font-family: 'Times New Roman'; font-size: small;"><strong>Chronique rédigée par Stéphanie du </strong><a href="http://www.stemilou-books.com" target="_blank"><strong>blog Les lectures de Stemilou</strong></a></span></p>
<h3>Quatrième de couverture :</h3>
<p>Follement épris de sa femme, Aziz n&#8217;en est pas moins un homme détaché et caustique. Seul moyen qu&#8217; il ait trouvé pour se préserver des tensions et des violences qui agitent l&#8217;Algérie. Mais lorsque sa fille de quatorze ans est enlevée, il comprend que l&#8217;ironie ne lui sera plus d&#8217;aucun secours. Entré en contact avec la famille, un étrange ravisseur menace sa victime des pires atrocités si la police est prévenue. De toute façon, qui aurait envie de s&#8217;en remettre aux autorités algériennes? Aziz ne peut compter que sur lui-même. Et sur Mathieu, le beau-père de sa femme. Mais ce Français au lourd passé sera-t-il une providence ou l&#8217;artisan du malheur? Pourquoi est-il demeuré en Algérie après l&#8217;indépendance? Qu&#8217;a-t-il fait pendant la guerre? Et quel est ce grand tabou de l&#8217;histoire de l&#8217;Algérie qui scelle jusqu&#8217;à présent toutes les lèvres? Avec ce thriller de la vengeance et de l&#8217;amour, Anouar Benmalek impose à ses héros de choisir entre le mal et le moindre mal, entre leur survie et celle de leur conscience.</p>
]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/2009/08/roman-francais/le-rapt-danouar-benmalek/feed</wfw:commentRss>
		<slash:comments>2</slash:comments>
		</item>
	</channel>
</rss>
